L’indélébile coup de craie

Observe comme la feuille absorbe l’encre

C’est l’amitié

Tu peux t’y fier

Elle te servira d’ancre

Même en temps de pluie

Préserve longtemps l’entente qui se crée là

Et que ce lien secret

Soit l’indélébile coup de craie

Écoute très attentivement tes proches

N’en décroche pas

Leur approche

T’évitera bien des croche-pattes

L’heure approche

Où tu te rendras compte

Que tout ce que je te raconte

Tu l’as déjà vécu…

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Pendu à la langue

Les mots ne m’appartiennent pas, pour ça je les loue

Surtout quand je trouve qu’ils m’ouvrent un gouffre de groove…

Pendu à la langue comme Romulus à la louve, sa nourrice

Au sein de mes synapses, je sens que les syllabes me nourrissent…

Quand bien même

Depuis que j’ai vu une dame verser des larmes pour un de mes textes

J’ai arrêté d’arrêter d’arrêter de trouver des prétextes

Même si chaque jour j’hésite à continuer, tellement je doute

Même si je serais déjà loin si j’avais pas changé mille fois de route

Même si je suis tiraillé entre en vouloir toujours plus et me contenter de ce que j’ai

Même si j’ai pas toujours saisi les opportunités qui se présentaient

Même si j’ai jamais vraiment trop su qui je représentais

Ni même qui j’étais

Même si j’ai déjà fait des rimes mille fois plus techniques

J’écris, je crée, je creuse, j’y crois

Chaque jour je gratte, gratte, gratte

Quitte à parler dans le vide

Je gratte quand même

Et quand bien même

Aucun indice n’indique qu’un jour ou l’autre tout ça changera

J’écris, je crée, je creuse, j’y crois…

Alors non

Je parle au nom de ceux qui ne supportent pas qu’on parle en leur nom

Je parle à mon ombre

À ceux qui me supportent

À l’heure où certains parlent à leur montre

Je montre le monde

Sa crasse, sa beauté

Sans me prendre pour son nombril

Même si je rêve que mon nom brille

Je sais que c’est pourri

Que ça pourrait

Tout saboter…img_2742

Un sacré trip

Ta vie…
Un sacré trip
Entre classe et crasse
Vague trace écrite
Entre petites phrases basses
Et magistrales répliques
Gigantesque fresque
Entre prises de bec
Et frasques épiques
Prosaïque mosaïque
Entre phases de crise
Et brassées de fric
Tes traces de pas s'effritent
Entre vastes plages,
Parcs et pics
Le temps passe, trace, grave
Et puis efface le script
Ce qui te meurtrissait hier T'effleure à peine
Même si certaines
Douleurs traînent
T'étreignent
Et te prennent aux tripes
S'éteignent…
Reprennent au triple
Te criblent de peine
Freinent
Gangrènent
Toutes tes journées d'efforts
Et pourtant tu t'entraines
Fort
Les bouchées doubles
À pousser toutes les portes de tes torts
Mais les forces du sort
T'entrainent
Là où tu souffres
Étouffes
Au fond du gouffre
Tu suffoques mais tu supportes
Hein ?
Faut bien que tu bouffes !

Le prix à payer

Je cherche la paix comme tu cherches la thune
C’est dans le respect que je trempe ma plume
Le savoir est mon élément, mon aliment
L’écriture est mon arme et chaque jour j’apprends… le maniement
Chaque jour j’attends… le ralliement des frères d’armes
Mais je vois que les frères dorment
Les uns pensent à détruire,
Les autres à des truies
Je cherche ma place, eux : celle d’autrui
J’suis tellement dupé que j’suis du-per,
Sali par le sang que mes ancêtres ont fait couler au nom du Père
Dans ce monde sale, j’ai du mal à me maîtriser
Pris entre des gens méprisants et des mecs brisés
Le FN, 1er parti de France ?
J’essaie de rester dans l’espérance…
J’écris ces lignes avec une mine hésitante
Pour ne pas dire réticente
J’esquive
L’inévitable évidence :
Mon pays s’enlise dans la négligence
Tandis que des moins de dix ans mendient, vivent et grandissent dans l’indigence
Face à l’hypocrise, j’avais pris mes distances
Mais l’exigence m’oblige à défricher des pistes de résistance
En tête j’enquête sans cesse, en pleine tempête j’encaisse,
Je laisse en hass mitance et médisance
Je m’entête et j’y pense
Avec insistance,
Visant la délivrance
En quête de guidance,
Le taf est immense
Surtout en freelance
Trop de frileux font du fric, prisonniers du silence
Je ne les entends pas…
Patrons et scarlas, kaïras…
Tous obnubilés par les finances
À ce que je sache
Chacun cherche son cash
Mais combien coûte le sens de l’existence ?
La sérénité, la sagesse, ce trésor caché
Ne s’achète ni en sachet ni en cachet
Alors faut-il devenir riche, quitte à tricher ?
Ou faut-il devenir soi-même, quitte à prendre cher ?
C’est une affaire de fonds, soit
Mais aussi de choix
De fond,
De foi
Au fond
De soi
Dis-moi
Quel est le prix à payer pour devenir droit ?

Devenir bélier

J’ai appris la prudence
A prier avec précaution
Après la prise de conscience, j’ai appris la patience
Et quelques notions de sciences
J’ai vu
L’envers du décor et l’enfer du vécu
Lutté contre l’enfermement, compris que l’enfer me ment
Que la foi me manque parfois
Quand le doute est là
Au lieu d’écouter la sensation de
Quitter la terre ferme sans même fermer les yeux
La vie est vaste
Belle et néfaste
Mais rien n’efface
Les mauvais souvenirs
Qu’on tente de fuir, ou d’enfouir
En fait, on vit la tête dans le sable
Et qui la sort subit l’inacceptable
Alors
Le sordide sort de la routine suit sa route
Les jours se relaient
L’écoute se mue en signes muets
Et toutes formes de scrupules s’accumulent
Un sac à mule lourd à traîner
Quand la spirale du vice vient t’entrainer
Tous ces moments passés à trainer
A mater le ciel
A essayer de s’en imprégner
Autant de luttes vides de sens
Ou vouées à l’indifférence
Entre faire mal et faire mine
Où est la différence ?
On s’enduit de vermine
On perd son enfance
On pense aux potes perdus de vue
Quelque part, au Sénégal ou en France
Il se fait tard
Le temps passe vite, c’est dar
Déjà des potes qui font des gosses
D’autres qui taffent en costard
Moi, toujours en All-Star

Seul au monde
Comme un motard sans moteur, comme un auteur sans mots
Un innocent au mitard, un buteur sorti à la mi-temps
Je chauffe le banc et j’attends
Je mate le match, impuissant
Mes rêves s’évaporent, je traverse la ville et ses vapeurs
24 piges, l’âge de l’incertitude
J’ai fait de longues études pourtant je pige toujours pas
Comment le monde tourne
J’en ai tourné des pages
A en attraper le tournis
L’impression d’être une fourmi
En pleine forêt vierge
Je gamberge et médite
Cherche les formules inédites
Pour exprimer les non-dits
Les conditions de vie de l’entourage
De ceux que nul n’encourage
Qui trébuchent et se font piétiner
Assument les pires galères
Avec dignité et force de caractère
Les yeux dans le vague, les pieds sur terre
Le cœur solidement accroché
Ces héros que tu peux facilement approcher
Ces têtes amochées, ces dos cabossés
Les pieds au bord du fossé
Qui se tapent pour pas toucher le fond
Maintiennent les liens profonds
Tissés au fil des années
Des amis, des damnés
Combien de fleurs fanées ?
Certains nous ont quittés trop tôt…
Des potos, des frangins
Et mon pays natal traite ses propres fils comme des étrangers
Etrange constat
Les centres de rétention pour sans papiers
Les expulsions musclées
Les déchéances de nationalité
Manipulations, perte d’humanité
Brisent une famille, une amitié
Les petits sortent de l’école et se font embarquer
Les mères de famille se font tarter
La solidarité devient un délit
La délation est subventionnée
Alors les langues de pute se délient
En pleine tempête on cherche l’embellie
Mais le nuage s’épaissit
Les tasers débarque dans les téci
Les flashballs visent les vessies
Retour aux champs de coton dans le Tenessee
Triste récit, simple, net et précis.

Et face à ça, qu’est-ce que je fais pour changer les choses ?
J’écris, j’dénonce, j’pose
Est-ce que ça sert la cause ?
Je me sens impuissant, je peux pas le nier
Et si le savoir est une arme, encore faut-il savoir la manier
Certes, je suis pas niais mais je suis pas Shaolin non plus
Et je vois trop de balles perdues
Trop d’armes de destructions massives
Trop de consciences passives
J’ai beau avoir confiance, j’assiste
A trop de discours racistes
Tenus ouvertement par des membres du gouvernement
Ou des électeurs en proie à la peur
Et le pire, c’est que ça se banalise
Atterré par ces analyses
Dans ce pays, je me sens mal à l’aise
Pourtant c’est là ma maison
Et y a pas de raison de fuir
Sous peine que ça s’empire
Et je peux pas consentir
A laisser ma terre entre les mains d’obscurs matérialistes
Alors j’insiste
Et même si je parle au vent
J’espère qu’il soufflera dans les tympans
Je persiste à croire qu’il y a des tas de gens avertis
Qui capteront ce que j’ai écrit
Un soir sur mon clavier Azerty
J’ai la certitude d’avoir à lutter contre la servitude
A commencer par la mienne
Il me reste tant de chaînes à délier
Dans ce monde de moutons…
Je veux devenir bélier.

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