Ange-Vie

En verlan, Jean-Yves ça fait Ange-Vie.

Je te donnerai pas autre chose que ce que je suis, je te dirai pas autre chose que ce que je sais.

On me passe le salam sans me connaître, est-ce que j’ai l’air d’un musulman ? Est-ce que ce qui se passe dans l’intimité de mon coeur ou de chaque pièce où je pose mon front au sol se reflète sur mon visage ? À l’intérieur, tout est calme. On pourrait rester ici des millénaires sans s’en rendre compte tellement le temps n’existe plus…

Dehors c’est le froid, la pluie, la guerre. Seul, tu tiens pas ou alors tu restes pas longtemps indemne. Ca donne envie de rester chez soi… quand on a un chez soi… Lové dans le lit douillet bien au chaud, loin de la violence, des soucis et de l’indifférence générale. Mais c’est dehors qu’il faut aller chasser, pêcher, cultiver, produire, vendre ou chercher le savoir pour payer le chez soi bien au chaud avec le lit douillet…


Et c’est là que tout commence. Faut payer. D’une façon ou d’une autre. Si tu paies pas, ils viendront te chercher, qui que tu mettes derrière ce « ils ». Le confort que t’as quand tu fermes les yeux, tu le quittes quand tu les ouvres. Et c’est comme ça chaque jour, chaque nuit depuis que t’en as pris conscience. Et vu que chaque jour ta conscience s’élargit un peu plus, tu captes de plus en plus de vices autour de toi derrière chaque bienfait apparent… et vice-versa. Dans tous les cas faut payer, d’une façon ou d’une autre.

Je donnerais tout pour que ma femme et mes enfants vivent continuellement heureux, protégés de l’horreur de ce monde. Le peu que j’en ai vécu m’a convaincu que jamais je souhaiterais qu’ils vivent ça mais est-ce que je connais seulement l’horreur de ce monde, moi ? Qu’est-ce que j’en connais comparé à ceux qui la subissent chaque jour, sans aucune espèce d’échappatoire possible ? Certains humains en forcent d’autres à faire des choses inavouables ou à avouer ce qu’ils n’ont jamais fait ni même vu, pour que la vraisemblance l’emporte sur la vérité…

Quand ils voient ma femme, ils voient une noire, quand ils voient mon fils ou ma fille, ils voient des métis et quand ils me voient, ils hésitent. Est-ce que je fais partie de leur camp ? Est-ce que je suis un des leurs ? Est-ce que je suis quelqu’un pour qui la notion de droit peut devenir autre chose qu’un concept et se transformer en privilège bel et bien palpable ? Que savent-ils de moi ? De nous ? Mon fils, ma fille, ma femme et moi sommes-nous condamnés à avoir une vie différente les uns des autres en raison de nos couleurs de peaux ? Qu’est-ce que la couleur de nos peaux vient faire dans notre famille pour la diviser en plusieurs camps ?

Toutes ces questions naissent dehors, même si elles te suivent chez toi. C’est une façon de payer le peu de confort que tu reçois en échange des efforts que tu consens à fournir. Confort matériel, confort psychologique, affectif, spirituel, nombre d’heures de sommeil disponible, qualité de ton état d’âme au quotidien, intensité des liens que t’entretiens avec les tiens, force des rêves qui te tiennent à coeur et que tu poursuis avec acharnement, encore plus fort que le doute de pouvoir les atteindre un jour…

Tu fais des va-et-vient entre dehors et dedans, des allers-retours entre la terre et la mer, entre la sérénité et l’angoisse. Une heure dans la paix, une autre dans les questions sans réponses qui disparaîtront pas tant que t’auras pas replongé dans l’action. La sincérité revient quand tu restes en mouvement, physiquement ou non, quand tu vas chercher de quoi manger pour le corps, l’âme ou l’esprit des tiens.

L’ignorance appelle la connaissance, chaque soif appelle son eau ; chaque faim, son pain. Tes besoins n’existeraient pas s’ils devaient pas être satisfaits, ceux des tiens non plus, donc bouge ton cul. Tu pourras tourner en rond mille ans, ça te fera pas avancer. La route appelle la marche ; la mer, la navigation. Que tu le veuilles ou non, le vent te poussera vers tes prochains terrains d’expédition. T’as été projeté ici y a un paquet d’années et tôt ou tard tu seras éjecté autre part. Ton corps est pas éternel, tu le sais…

La différence entre un enfant et un adulte, c’est pas l’âge…

C’est le degré d’adaptation à dehors.

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