Des inégalités aux amalgames, des amalgames aux inégalités

Notre société est partagée entre son idéal et son fonctionnement. Si l’égalité est une valeur  cardinale de la devise républicaine, la société française est marquée par des inégalités qui prennent des formes variées : racisme, sexisme, capitalisme, impérialisme…

Chacune de ces formes d’inégalités est ancrée dans la société. Elle est le produit d’une histoire, de lois, de traditions et/ou de mécanismes sociaux installés depuis plusieurs décennies voire plusieurs siècles. Elles façonnent le monde dans lequel on évolue et influencent l’inconscient collectif. En retour, l’inconscient collectif conforte ces inégalités en les présentant comme inévitables, voire légitimes. 

Tentons ici d’analyser comment des idées reçues, elles-mêmes souvent inspirées par les inégalités déjà en place, peuvent entraîner ou renforcer, de proche en proche, ces inégalités si persistantes. Voyons comment les inégalités inspirent les amalgames, les amalgames permettent les stéréotypes, les stéréotypes déclenchent les préjugés, les préjugés entraînent les discriminations qui façonnent une stigmatisation qui elle-même renforce les inégalités.

Un amalgame est une généralisation abusive, une interprétation hasardeuse fondée sur une confusion entre deux réalités distinctes qu’on présente comme indissociables en se fondant sur quelques exemples présentés comme des preuves de ce qu’on avance. Les réalités qui inspirent les amalgames sont souvent le résultat d’inégalités ancrées dans la société.

Exemples d’amalgames : des vols avec violence sont commis par des jeunes d’origine africaine dans les quartiers populaires car la violence en Afrique fait partie de la culture, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle de nombreuses bases militaires françaises y sont installées ; on voit peu de femmes musulmanes voilées dans les débats télévisés car la religion musulmane les dissuade de s’exprimer en public, les contraint à rester chez elles et les rend soumises aux hommes ; les enfants de médecins réussissent mieux à l’école que les enfants d’ouvriers car ils sont plus intelligents.

Un stéréotype est une idée reçue, un cliché visant une personne (ou une catégorie de personnes) en procédant à une assignation identitaire, c’est-à-dire la projection d’un amalgame sur cette personne qui présentent une caractéristique. On essentialise la personne, on l’enferme dans un aspect de son identité en lui collant une étiquette.

Exemples de stéréotypes : cette femme porte un voile donc elle n’ose sans doute pas s’exprimer en public ; cet homme est d’origine africaine donc il est sans doute dangereux ; cet adolescent a deux parents médecins donc il est sans doute brillant.

Un préjugé est un jugement de valeur positif ou négatif qu’on porte sur une personne sur laquelle on a plaqué un stéréotype, lui-même fondé sur un amalgame. Un préjugé est affectif, il entraîne une bienveillance ou une malveillance à l’égard d’une personne en raison des stéréotypes et des amalgames qu’on plaque sur elle.

Exemples de préjugés : ce journaliste hésite à interroger cette femme parce qu’elle porte un voile ; cette vieille dame croise un homme noir à l’arrêt de bus donc elle se méfie de lui ; le professeur estime particulièrement cet élève car ses deux parents sont médecins.

Une discrimination est une action isolée qui favorise ou exclut une (ou plusieurs) personne(s) en raison des sentiments qu’on ressent envers elle(s), du fait des stéréotypes et des amalgames qu’on plaque sur elle(s). Une discrimination peut accorder un privilège à une personne (discrimination positive) ou au contraire la priver de ses droits.

Exemples de discriminations  : une femme voilée appelle une chaîne de télévision pour participer à une émission, elle est acceptée au téléphone mais ne peut finalement pas y participer car elle porte un voile ; cinq jeunes hommes noirs se baladent dans la rue, il sont arrêtés par la police puis plaqués au sol, insultés et frappés par les policiers qui leur reprochent de troubler l’ordre public ; au conseil de classe, ce fils de médecins qui a obtenu de mauvais résultats toute l’année passe quand même en seconde générale car les professeurs ont confiance dans sa capacité à rebondir par la suite et dans le suivi régulier qui sera sans doute assuré à la maison.

Une stigmatisation est une action collective qui exclut et marginalise une partie de la population, c’est une ensemble de discriminations visant des personnes qui partagent une identité ou une caractéristique sur laquelle des amalgames, des stéréotypes et des préjugés sont plaqués et qui sont mis à l’écart.

Exemple : les femmes voilées ne sont pratiquement jamais invitées aux débats télévisés, même quand le débat porte sur le port du voile ; un récent rapport du Défenseur des droits a récemment dénoncé « un profilage de personnes sur des critères exclusivement liés à ce qu’elles sont : leur apparence physique, leur origine, leur appartenance vraie ou supposée à une ethnie ou une race » et révélé  que les policiers ont reçu « des ordres et consignes discriminatoires enjoignant aux forces de l’ordre de procéder à des contrôles d’identité de ‘bandes de Noirs et de Nord-Africains’. » ; le ministère de l’éducation nationale favorise la création de lycées professionnels dans les quartiers populaires et de filières sélectives d’excellence dans les quartiers favorisés.

Une inégalité est une relation entre plusieurs groupes de la population qui favorise l’un au détriment de l’autre.  Cette inégalité peut être renforcée par la loi (Code noir, Code de l’indigénat, droit de vote accordé aux hommes dès 1792 plus de 150 ans avant les femmes) ou installée dans le fonctionnement de l’économie et de la société (inégalités salariales entre hommes et femmes aux mêmes profils professionnels, chômage plus important dans les zones rurales que dans les villes-centres des grandes métropoles).

Exemple : les femmes voilées ne sont présentes dans les médias qu’en tant que sujets d’actualité ou de débats mais pas en tant qu’invités ou alors seulement si le débat porte sur le port du voile ; plusieurs études ont démontré qu’un jeune identifié comme noir ou arabe avait vingt fois plus de chances de se faire contrôler par la police qu’un jeune identifié comme blanc ; le système de mutations interacadémiques favorise la nomination d’enseignants jeunes et inexpérimentés dans les établissements des « zones d’éducation prioritaire » en milieu urbain ou rural pauvre, zones qu’ils quittent souvent dès que possible et la nomination d’enseignants chevronnés et triés sur le volet dans les établissements des quartiers favorisés.

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