Tous en CDD

Empêchés d’exister. 

Empêchés par les cases et les normes, le regard ou les paroles des autres, tellement intériorisés qu’ils nous paralysent même sans personne autour, jusqu’à devenir notre propre langage intérieur. Nos propres démons. 

L’autocensure. On anticipe le jugement de l’autre, on évite de dire, faire ou même penser par honte, gêne ou difficulté à trouver un écho. L’impression d’être tellement seul à vivre ce qu’on vit qu’on n’ose même pas le déclarer. On se rabaisse, on se sent gauche, maladroit, autour de nous les autres ont que le dénigrement à la bouche, la compétition est trop rude pour laisser place aux émotions.

Cache tes émotions. Arrête de te plaindre. Arrête de chouiner putain. Ressaisis-toi. On t’apprend à t’écraser ou à niquer tout le monde, soit tu fais le paillasson, soit tu leur marches tous dessus. Toi, t’as envie de niquer personne, même la loi du talion te dit rien, mais en même temps tu sais que si t’es trop gentil on va te maltraiter… donc tu joues un rôle.

Un rôle étouffant. T’étouffes sous le masque. Le masque du gars insensible, imprévisible, le genre de mec qu’il faut pas faire chier. T’avais grave envie de sourire mais au bout du troisième regard froid, t’as rangé ton smile. Maintenant les gens te demandent pourquoi t’es aussi nerveux. 

On t’a dit d’être fort, un putain de guerrier, pour te protéger et limiter la casse. On t’avait pas prévenu qu’à force de faire comme on t’a dit, la pression s’accumulerait et qu’au bout d’un moment tu péterais les plombs, t’enverrais tout le monde aller paralyser leur mère ou leur arrière-grand-mère si ils veulent mais qu’ils te laissent tranquille, avec leurs coups de pression sociale à six sous.

Maintenant t’apprends à gérer ta propre colère, toute cette rage accumulée dont tu sais que si elle éclatait sur quelqu’un un jour ça se retournerait contre toi et la gamelle t’attendrait bien sagement, quelque part où tu boufferais encore plus de rage que t’en as jamais bouffé…

La violence empire plus qu’elle règle quoi que ce soit, les victimes qui morflent sont trop rarement les premiers responsables. On fixe des images dans nos mémoires et elles deviennent des carcans. Si on les garde trop elles nous envahissent comme des déchets qu’on n’a pas jetés à temps et l’odeur de putréfaction déteint sur notre humeur.

Alors pour éviter ça on respiiiiiiire, on descend les poubelles à temps au lieu de tout garder pour soi et surtout, on se souvient que la plupart des embrouilles naissent d’une simple incompréhension. Parfois il suffit juste de sourire au moment où l’autre s’attend (Satan) à ce qu’on vrille… et tout s’inverse. On est tous des miroirs. 

On a du mal à être sincère avec tout le monde, pourtant. On a tendance à se protéger, à se méfier, à anticiper les fameux coups de crasse qu’on a déjà reçus en plein dans le dos le jour on a fait preuve de sincérité avec les mauvaises personnes. 

Autant on se protège, autant la fuite c’est pas la solution, il s’agit pas d’esquiver ni de se cacher derrière son ombre, on fait face à tout ce qui vient et on assume, en s’en remettant à ce qui nous dépasse tous. Tout ce qui nous entoure va disparaître tôt ou tard, y a aucune raison de paniquer. On est tous en CDD ici. 

Même le soleil…

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