Message aux parvenus

Allez dans les endroits privilégiés pour réussir vos études, trouver un bon job, tisser un réseau, gagner de l’argent, acheter un bel appartement et mettre vos enfants à l’abri. 

Dites à tout le monde que vous n’oublierez jamais d’où vous venez pour bien vous faire remarquer et faire pleurer vos nouveaux amis. Oubliez sciemment de mentionner tous ceux qui vous ont aidé à arriver là où vous en êtes aujourd’hui. Jouez les self-made (wo)men et les exceptions qui confirment la dérégulation. 

Racontez partout à quel point vous avez souffert pour en arriver là, faites-vous mousser, donnez votre avis sur la méritocratie, l’évolution de la société et l’augmentation de cette violence que vous prétendez tant connaître. 

Mais de grâce, ne revenez jamais d’où vous venez pour donner des leçons à qui que ce soit. Vous ne vivez plus la même vie que ceux dont vous vous dites toujours proches, de loin… 

Ceux à qui vous prétendez vouloir transmettre votre expérience soi-disant exemplaire vivent encore cette vie qui n’est plus pour vous qu’un souvenir ou une stratégie marketing. 

Ces personnes que vous prenez de haut parce qu’elles ont moins de diplômes, gagnent moins d’argent ou ont lu moins de livres que vous ont fait le choix de rester là d’où vous avez secrètement fui ou n’ont tout simplement pas eu le choix de partir. Ces personnes survivent au quotidien. Elles luttent et subissent toujours cette violence qui n’est plus pour vous qu’un discours.

Vous ne pouvez pas vous adresser à elles comme si elles pouvaient agir comme vous aujourd’hui ni comme si vous ressentiez toujours aujourd’hui la même chose que ce qu’elles ressentent.

Vous ne pouvez pas non plus faire comme si vous n’aviez rien à apprendre d’elles parce que vous prétendez connaître tout de leur vie et que vous imaginez qu’ils ignorent tout de la vôtre. 

Vous vous êtes habitués à vous percevoir vous-mêmes comme des exemples mais rien ne vous garantit que ceux à qui vous pensez prêcher la bonne parole vous considèrent comme tels. 

Vous ne représentez personne d’autre que les personnes qui vivent la même chose que vous aujourd’hui, là où vous vivez. Vous ne représentez pas les personnes que vous étiez il y a dix, vingt ou trente ans, à l’époque où vous souffriez. Vous avez choisi de quitter ce que vous appelez la merde, ne parlez donc pas comme si vous aviez encore les deux pieds dedans. 

Si vous tenez tant que ça à soutenir ceux qui souffrent, luttent et survivent, venez avant tout leur donner du respect, de la force, de l’amour, de l’attention, de la considération, de l’écoute, du temps, de l’énergie. Pas pour transmettre seulement mais pour échanger, donner et recevoir, enseigner et apprendre, vous confier et servir de confident. Pour que le souvenir s’actualise en vous et vous rappelle aussi tout ce que vous avez perdu, le jour où vous avez préféré prendre la tangente.

Chacun vit sa vie, chacun mène sa lutte à sa façon, les héros de l’ombre ne sont pas moins héroïques que ceux que la lumière exhibe en permanence. La lumière n’est pas que celle des flashs et des spotlights. 

Vous vous considérez peut-être comme des hommes et des femmes hors du commun mais n’oubliez pas que vous faites caca comme chacun de nous.

Merci bien, et bonne continuation.

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