Chapitre 3. Une passerelle entre deux mondes

Quelques mois après mon retour de Gambie, j’ai décidé avec un ami d’effectuer un road-trip de deux mois dans les pays alentours (Togo, Bénin, Burkina Faso, Mali) avant de repasser par Dakar et de rentrer en France. J’ai emporté avec moi le Coran dont j’avais décidé de finir coûte que coûte une première lecture.
 
Durant ce séjour inoubliable, tout se passait bien… en journée : chaque jour je découvrais un nouveau lieu et rencontrais de nouvelles personnes, une inspiration inédite me faisait improviser sans aucun effort des dizaines et des dizaines de vers par jour, à l’oral ou à l’écrit, et rédiger des textes en prose plus ou moins réussis mais toujours fournis.
 
Mais chaque nuit… je faisais toujours le même cauchemar. Je rêvais que je rêvais que je rêvais, etc. Lorsque je me réveillais, j’étais encore dans un rêve. Et lorsque je me réveillais de ce rêve, j’étais encore en train de rêver… Du coup, je ne parvenais plus à distinguer l’état de rêve de l’état de veille ni à cerner la frontière entre réel et irréel et tous mes repères s’effondraient.
 
Ce type de rêves me faisait revivre le même genre de tristesse que celle qui m’avait saisi avant mon départ au Sénégal, doublée cette fois-ci de l’angoisse de ne plus pouvoir me réveiller… Je rêvais parfois qu’à mon retour en France, je retomberais dans cette tristesse insondable sans pouvoir en sortir. Tout comme il m’était à ce moment impossible de m’échapper de ces rêves qui me hantaient…
 
C’est alors qu’une nuit, au cours d’un de ces rêves où je rêvais que je rêvais que je rêvais et où l’impossibilité de me réveiller me conduisait au désarroi, j’ai ressenti une force qui pouvait bloquer ce cycle infernal. Une force intérieure, une présence qui s’appelait « Dieu » dans mon rêve et qui, seule, pourrait me prémunir de cette tristesse et de cet irrésistible sentiment d’étouffement, me sortir de là et me permettre de me réveiller. Je me suis alors réveillé en sursaut et, une seconde plus tard, j’ai entendu retentir l’appel à la prière de l’aube…
 
C’était à Bamako, dans la maison d’amis de mes parents. Ma chambre donnait sur une terrasse et, à l’écoute de l’appel à la prière, je ne saurais expliquer pourquoi ni comment, je me suis levé d’un coup, j’ai ouvert la fenêtre donnant sur la terrasse, j’y ai pénétré et… je me suis prosterné.
 
Je ne savais pas encore comment effectuer la prière rituelle islamique mais c’est le seul geste qui m’a alors paru en parfaite concordance avec ce que je venais de ressentir durant ce rêve… À ce moment-là, j’ai eu l’impression diffuse que le rêve et la veille étaient deux façons différentes d’exister et que la prosternation que je venais d’effectuer était une passerelle entre ces deux mondes.
 
Dès lors, j’ai commencé à ne plus lire le Coran comme un livre étranger mais comme un miroir de moi-même, un livre qui pourrait me permettre de mieux me connaître et me regarder en face pour me perfectionner. Les différents personnages ou groupes de personnes cités dans le Texte m’apparaissaient désormais comme autant de facettes de moi-même. Les prophètes faisaient partie de moi, les hypocrites faisaient partie de moi, les incroyants, les anges, les diables et les saints me constituaient.
 
J’ai alors commencé à apprendre les bases de la pratique islamique (les ablutions, la prière rituelle, l’apprentissage des premières sourates…) tout en me disant que j’attendrais de revenir en France avant de me décider à entrer ou non dans la religion.
 
Mais au retour, un an et demi plus tard, alors que j’avais franchi le pas et décidé à la fois de m’investir pleinement dans ma nouvelle religion et de reprendre mes études, j’ai de nouveau connu une période de tristesse insondable, doublée d’expériences spirituelles inédites.
 
Les cauchemars que j’avais faits de Lomé à Bamako s’avéraient être en fait des rêves prémonitoires…

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