Chapitre 2. L’aventure ambiguë

Dans le cadre d’une année scolaire de césure, j’avais prévu de partir neuf mois en Afrique de l’Ouest pour « voyager », sans vraiment savoir précisément ce que signifiait ce mot. J’avais lu L’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane et ce roman m’avait donné envie d’effectuer le même itinéraire que Samba, le personnage principal, en sens inverse, en commençant par Dakar.

Mais un mois avant mon départ, la tristesse m’avait saisi. Je n’avais plus le goût de rien. J’en étais même venu à remettre en question ma présence sur Terre. J’étais plongé sans le savoir dans ce que les médecins appellent une dépression.

Je suis donc arrivé à Dakar plein de cette tristesse, de ces doutes, de cet écran de fumée et j’y suis resté emprisonné quelques temps. J’ai été reçu avec une hospitalité hors du commun par des amis de mes parents. Ils étaient musulmans et en vivant chez eux, j’ai progressivement découvert l’islam de l’intérieur, ou plutôt de l’intérieur de l’intérieur, puisque j’y ai découvert une pratique de l’islam basée sur la spiritualité,  qui respecte les codes apparents de la religion tout en favorisant la connaissance de soi, le cheminement intérieur et une attention particulière aux questions fondamentales que tout être humain se pose.

Au bout de 4 mois à Dakar, j’ai accompagné mes hôtes en Gambie dans le village où vivait la famille d’Ebrima, l’ami qui m’hébergeait, pour y fêter la Tabaski (‘id el Adha ou aïd el-Kebir, fête en l’honneur du sacrifice du bélier par Abraham/Ibrahim, psl). Dès mon arrivée dans ce village sans eau courante ni électricité, dans la concession où on enseignait le Coran aux enfants, j’ai ressenti une profonde paix, une sérénité qui me paraissait inexplicable, tant le changement était soudain, tant les mois qui précédaient m’avaient alourdis de soucis et de questions sans réponse. Je ne m’étais jamais senti aussi bien depuis très longtemps. C’était comme si mon coeur avait été subitement lavé, plongé dans un liquide à la fois décapant et adoucissant. J’ai alors recommencé à reprendre goût à la vie dès mon retour à Dakar, à me sentir bien, à me lancer dans divers projets et surtout à rencontrer la femme de ma vie…

À partir de ce séjour en Gambie, le doute qui me poussait auparavant à pencher vers l’inexistence de Dieu s’est mis à me pousser dans l’autre sens. Il m’a poussé à remettre en question ce que j’avais toujours considéré comme évident… jusqu’à ce que de nouvelles évidences viennent se présenter à ma conscience.

Et si ce que j’appelais « Dieu » désignait tout sauf ce qui mérite ce nom, et si j’ignorais tout de la signification spirituelle de ce mot ? Et si, malgré mes airs suffisants de normalien, j’avais toujours négligé ce qu’il y a de plus essentiel ? Et si des croyants illettrés, que je regardais auparavant au mieux avec incompréhension, au pire avec  condescendance, avaient désormais plus à m’apprendre que les plus érudits des athées ?

J’ai alors été tenté de lire le Coran, dont Ebrima m’a offert une traduction en français. La première fois que je l’ai lu, j’ai été sidéré, désorienté, dérouté : que signifiait cet enchaînement de descriptions, de prières, d’histoires, de prescriptions et de mises en garde qui semblaient n’avoir a priori aucun lien entre elles ? Quel sens global fallait-il tirer de ce texte qui m’en semblait parfaitement dépourvu ? J’avais l’impression d’être face à des milliers de pièces de puzzle sans pouvoir avancer vers un quelconque assemblage cohérent.

C’est que je lisais le Coran comme j’avais été habitué à lire tous les livres que j’avais eu précédemment entre les mains : avec un raisonnement linéaire comme principal outil. Je ne savais rien alors de la force méditative des paraboles, de l’enseignement par suggestion, de l’utilisation d’une succession d’images différentes dans plusieurs langages distincts pour faire passer un seul et même message, toujours le même : il n’y a de divinité que Dieu et Muhammad (pbsl, dont le nom signifie littéralement « celui qui porte en lui la louange ») est le dernier de ses messagers.

Mais j’ai quand même tenu à lire le Coran d’un bout à l’autre, avant de me faire une opinion tranchée. Et c’est pendant la lecture du Coran qu’il m’est à nouveau arrivé une série d’événements inattendus, rationnellement inexplicables…

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