L’homme qui voulait toujours avoir tort

C’est l’histoire d’un homme qui voulait toujours avoir tort.

Un homme à part.

La vérité n’avait aucune espèce d’importance pour lui et pourtant il ne mentait jamais.

Il disait que les paroles, comparées à ce qui arrive, sont comme des photographies par rapport à un paysage.

Il accordait une place importante au silence et à la contemplation des paysages, des photographies et des photographies de paysages.

Il disait que le silence comparé aux sons est comparable à l’humanité par rapport à l’homme.

Dans chaque discussion, il savait trouver les mots pour mettre l’autre à l’aise et lui donner la conviction profonde qu’il avait quelque chose de fondamental à enseigner.

Il était l’élève de tout le monde, du vieillard aigri en fauteuil roulant qui hurle sur sa fille dévouée parce qu’elle vient de rater son créneau avec SA voiture à l’enfant terrible qui n’en fait tellement qu’à sa tête qu’il n’obtient toujours que précisément ce qu’il souhaite, au moment même où il l’exige.

Il savait gagner la confiance des personnes meurtries par la vie au point de perdre toute estime de soi et rassurer en un regard les plus angoissés des parents de malades en phase terminale.

Il était invisible, imperceptible tellement sa présence se mettait au service de son entourage à chaque instant.

Personne ne le connaissait mais il manquait à tout le monde, en permanence.

Personne ne connaissait son nom ni son histoire et pourtant tout le monde se souvenait avoir bénéficié de son précieux soutien.

Il faisait tout pour qu’on le considère comme un moins que rien, il servait de faire-valoir aux plus timides et de bouche-trou aux longues soirées d’ennui.

Cet homme est né le mardi 15 mai 2018 au détour d’une phrase inspirante et pourtant il a vécu de longues années dans le coeur de tous ceux qui le reconnaissent ici, sans vraiment se souvenir précisément de lui puisqu’ils viennent de le rencontrer.

Peut-être que la suite ou le début de son histoire vous sera contée dans les prochains jours, si la spontanéité l’emporte une fois de plus, à chaque fois que sa présence s’imposera en ces lieux.

Qu’il nous soit permis à tous d’avoir l’honneur de faire la connaissance de cet homme à part.

L’homme qui voulait toujours avoir tort.

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On ira

On ira chercher la vibe là où elle se cache. On ira la pister, fouiner les recoins, on ira déterrer la hache de paix.

On ira la dénicher, la traquer, l’attraper avant qu’elle parte, on ira l’attendre à la sortie si il faut, juste pour bénéficier de sa compagnie.

On ira l’accompagner, on ira là où elle nous dit d’aller tant qu’on comprend ce qu’elle dit, tant qu’elle a encore du temps à nous accorder.

On ira la trouver, lui poser les questions essentielles, celles qui nous trottent dans la tête depuis toujours.

On ira déjouer les pièges de la paresse et du laisser-aller, on ira s’efforcer de se forcer à se laisser guider par ce qu’on a l’habitude de camoufler sous des kilos de « moi-moi-moi » ou de « lui-lui-lui »…

On ira chercher le silence derrière chaque mot et la nuit derrière le jour, on ira au-delà de ce qu’on voit et de ce qu’on convoite pour servir, nourrir, rassurer, soutenir, accueillir, protéger, chérir, magnifier, encourager, on ira dire à chaque personne qu’elle est indispensable, irremplaçable.

On ira refroidir les arrogants, apaiser les angoissés et motiver les désespérés parce qu’on est aussi arrogants, angoissés et désespérés qu’eux même si on cultive la modestie, la sérénité et la détermination.

On ira métamorphoser les contradictions en complémentarités, les ennemis en miroirs et la fatigue en une pêche incroyable.

On ira là où personne ne nous imaginerait, là où on se sent enfin respirer, resplendir, respecter chaque souffle qui passe par nous.

On ira là-bas. Avec ou sans sneakers aux pieds.

Banlieusards

On n’a jamais fait de placard ni même une seule gardav…
On n’a jamais fait de cross, on sait même pas faire une roue en vélo…
On n’a jamais participé à une descente ni à une bagarre générale…
On n’a jamais vendu de drogue ni arraché un téléphone…
On n’a jamais porté de Requin ni d’ensemble Lacoste…
On n’a jamais fait de crête ni de dégradé en mode rasé sur le téco et coupe au gel au-dessus…

On n’a jamais fait les kaïras… et on en ressent ni honte ni fierté. D’ailleurs kaïra ça veut rien dire en vrai, les potes qui ont fait de la tôle ou du YZ c’est pas ce qui manque et ils se réduisent pas à ça… Pourtant on se sent pas moins banlieusards qu’eux. La banlieue c’est pas que la street, même si on a aussi passé du temps dehors, à jouer au foot, à se vanner ou à refaire le monde…

La banlieue c’est ce sentiment d’être étranger chez toi, jamais vraiment chez toi parce que y a toujours un regard, une remarque ou un geste pour te faire comprendre que t’es pas le bienvenu, alors que t’es arrivé en même temps que tout le monde sur cette terre…

On a toujours eu un pied ici et un pied ailleurs, même quand on savait pas exactement de quel ailleurs ni même de quel pied il s’agissait.

On représente personne, à part ceux qui se sentent représentés par personne.

On représente tous les banlieusards qui se sentent ni complètement en marge ni complètement intégrés au système dominant, mi-révolutionnaires mi-moutons-malgré-nous, citoyens de seconde zone à force de devoir payer le Navigo zone 1 à 3 mais arrête-de-nous-regarder-de-haut-cousin-t’as-rien-de-plus-que-nous…

On a passé notre vie à chercher qui on est et qui sont « les nôtres », tellement tous ceux à qui on voulait nous rattacher ne correspondait à chaque fois qu’à une petite partie de nous.

Aujourd’hui on regarde les aînés qui nous devancent et parfois on se prend à rêver qu’un beau jour on parlera comme eux, on dira que nous aussi on l’a fait, qu’on a réussi là où personne ne nous attendait, qu’on est enfin arrivé à faire ce dont on avait toujours rêvé sans que personne nous prenne au sérieux.

Ça fait des années qu’on a l’impression de stagner tout en engrangeant un paquet d’expériences inédites, des années qu’on se dit que bientôt ça sera à notre tour de dire : ça y est, enfin, on y est, on le touche du doigt ce moment de fierté d’avoir accompli ce pour quoi on se lève chaque jour depuis tant d’années…

Pour certains c’est l’écriture comme pour d’autres c’est le foot, l’entrepreneuriat, la pâtisserie ou la vidéo, on a tous ce truc auquel on s’accroche en rêvant secrètement du jour où on n’aura plus besoin de quémander le respect ou la reconnaissance parce qu’ils iront de soi, ce jour où on se retournera avec le sourire du souvenir de ces moments où on rêvait de vivre ce moment qu’on est justement en train de vivre…

On a grandi dans l’idée qu’on faisait pas partie des gens qui comptent, qu’on correspondait pas au moule dans lequel on était censé se fondre, on a trimé pour rester fidèles à ce qui nous faisait vibrer sans pour autant imiter quiconque.

On a tout fait pour apporter notre touche perso à la fresque générale, on a lutté contre notre tendance secrète à jalouser ceux qui semblent enfin parvenus à cette étape qu’on aimerait tant atteindre, on a résisté tant bien que mal à cette sale tentation d’envier les autres parce qu’on a entendu l’autre jour quelqu’un nous dire qu’il était fier de voir à quel point ça marchait bien pour nous alors qu’on a peut-être jamais autant galéré qu’en ce moment…

Enfin bref, courage à tous ceux qui s’identifieront au « nous » de ce texte, à ce statut bâtard d’entre-2, d’intermédiaires entre ceux qui pèsent et ceux qui subissent, entre ceux qui décident et ceux qui exécutent, entre ceux qui lancent des modes et ceux qui les suivent, entre ceux qui ont le droit à la parole et ceux qu’on a jamais calculés…

Un pied de chaque côté… Entre-2…

Les couleurs de notre drap-peaux

On a grandi tous ensemble, avec des parents venus des 4 coins de la France, de l’Europe, de l’Afrique, de l’Amérique latine, des Caraïbes, de l’Asie, de l’Océanie et j’en passe.

On a très vite appris que le monde est vaste et que l’horizon ne s’arrête pas aux frontières de notre ville, même si on avait du mal à la quitter, notre ville…

À la crèche, à l’école, au collège, au sport, au parc, chez les uns chez les autres ou dans la rue, a tous été amenés à faire un bout de chemin vers l’autre, tous les autres, les autres langues, les autres religions, les autres codes aussi.

On a été amenés aussi à se percevoir soi-même comme un autre, exactement comme les autres, c’est-à-dire pas comme les autres.

On a bricolé nos propres codes avec un peu de rap par ci, un peu de films cainris par là, un peu de foot, un peu de verlan, un peu de sape, un peu de vannes cosmiques, un peu de drague, un peu d’ennui, un peu de sorties par ci par là, et beaucoup de ce que nos parents et les parents de nos frères et soeurs de coeur nous ont transmis.

On a grandi, chacun a fait son bout de chemin, et aujourd’hui on se reconnaît même quand on s’est jamais vus.

J’ai passé mes 20 premières années à L’Île-Saint-Denis (93) et depuis j’ai vécu à Lyon, Dakar, Saint-Denis, Asnières, Casablanca et Colombes et partout où j’ai habité, j’ai rencontré des frères et soeurs de coeur pour qui la diversité n’est ni un problème ni un slogan mais juste une évidence, la seule réalité dans laquelle on se sente vraiment bien.

La diversité, ce n’est pas une partie de la population qui ne correspond pas au stéréotype du Français dans l’inconscient collectif. Ce n’est pas un groupe de personnes, c’est ce qui caractérise toute la population. Nous tous. Nous sommes divers, la diversité nous concerne tous.

Et si beaucoup d’entre nous ont toujours eu du mal à se sentir français et fiers de l’être, moi le premier, c’est parce qu’on a grandi dans une société imprégnée par le racisme et une petite musique de fond qui nous ressasse que la diversité n’est pas un mot français.

On a tous vécu ou assisté à des scènes de rejet, d’exclusion, d’injustice. On a grandi tous ensemble mais on a très vite compris qu’on serait pas tous traités exactement de la même façon par l’école, la police, la justice, le monde professionnel, les bailleurs de logement bref la société entière en fonction de notre nom, de notre allure, de notre adresse ou de notre couleur de peau.

C’est ce qui fait que c’est toujours pas évident aujourd’hui pour nous de chanter la Marseillaise, d’aller voter ou d’élever nos enfants sans craintes, quelle que soit notre identité, notre parcours, notre statut, l’image qu’on renvoie à la société ou celle qu’elle nous renvoie.

Mais on est nés, on a grandi en France ou on y a vécu des années, d’où que nos ancêtres proviennent, la France c’est nous. Nous tous. Et Dieu sait que je suis fier d’appartenir à cette France multicolore même si mon nom et mon visage sont vus par certains ignorants de tous bords comme un signe d’appartenance à la bonne vieille France coloniale qui se rêve monochrome et uniforme.

Je prie, j’agis, je travaille, j’écris, je chante, je m’engage, je vis pour qu’un jour en France la couleur de notre peau, notre religion ou nos origines géographiques ne soient perçus comme rien d’autre que l’ensemble des richesses que nous pouvons partager avec les autres. Tous les autres.

Je vis pour que la diversité soit une évidence pour mes enfants y compris lorsqu’ils grandiront et apprendront dans quelles cases leurs interlocuteurs les mettront en fonction des lieux et des personnes qu’ils fréquenteront.

Je prie pour que nous restions unis, soudés, sur la même longueur d’onde.

Continuons à briller, à rayonner, à fasciner les uns et à faire peur aux autres, restons nous-mêmes, des gens ouverts, généreux, actifs, drôles, savants, hospitaliers et compétents. Des gens dignes. Restons dignes d’appartenir à cette population qui reflète l’humanité dans toute sa splendeur.

Resplendissons la famille. On est ensemble. ☝❤🌍

Cette force intérieure

Pas besoin d’être enragé pour s’engager. Pas besoin d’être révolté pour révolutionner le monde. L’essentiel est dans les actes posés, au jour le jour, bien plus que dans les états d’âme ou la crédibilité de façade.

Que faisons-nous quotidiennement pour apporter des solutions concrètes aux problèmes qui nous préoccupent ? Chacun apporte ce qu’il peut, avec ce qu’il est et ce qu’il a.

Mais le ressentiment, l’indignation, la colère, la frustration, le sentiment d’injustice et toutes les énergies similaires ne font pas de nous des hommes et des femmes meilleurs tant qu’elles ne sont pas transformées en carburant pour faire fonctionner la machine du coeur et du corps qui suit le mouvement.

Ce carburant, certains l’appellent la foi, d’autres la détermination, d’autres encore l’envie d’avoir envie… bref l’essentiel est là, semble-t-il, dans cette force motrice qui nous pousse à nous dépasser, à aller au-delà de la situation qui nous semble incomplète, imparfaite, injuste, etc.

Les constats négatifs, tout le monde les fait. Avec plus ou moins de savoir et de subtilité, certes. Mais la différence va se faire dans ce que chacun de nous fera pour compléter, parfaire, rendre plus justes, etc. toutes les situations qui nous posent question.

Et contrairement à ce qu’on pourrait croire à première vue, la contemplation, la méditation, la prière, bref toutes les façons de se connecter aux énergies positives qui nous grandissent ne sont pas du tout opposées à l’action concrète.

Ce sont autant de façon de nourrir, entretenir et faire grandir cette force intérieure capable d’accueillir les nouvelles les plus dures sans s’écrouler mais en s’en servant au contraire comme autant d’opportunités pour que la foi porte ses fruits.

Aussi que faisons-nous concrètement au jour le jour pour nous connecter aux parties de nous qui nous échappent tellement qu’elles nous fascinent autant qu’elles nous effraient ? À quels moments de la journée nous faisons-nous face avec sincérité, sans masque, sans fard, à quels moments allons-nous puiser à la source, tout au fond de nous, cette potion magique, cette boisson spirituelle énergisante qui nous fortifie autant qu’elle nous galvanise ?

La rage, la haine, la rancoeur, la rancune, la déception sont autant d’obstacles inévitables à sauter ou contourner pour ne pas flancher mais aussi et peut-être surtout de formidables vecteurs d’informations sur nous-mêmes, sur notre réactivité au monde et notre capacité à rebondir, à faire preuve de résilience.

Marquer des buts sur le terrain ou éviter d’en encaisser, bâtir des édifices ou réhabiliter ceux qui menacent de s’écrouler, soutenir l’entourage proche et moins proche du mieux qu’on peut ou se garder au moins de lui causer du tort, prendre des initiatives et encourager celles qui nous parlent, écrire des textes chaque jour en espérant qu’ils transformeront au moins l’ennui profond qui se dégage d’un déroulement de fil d’actualité en un instant digne de ce nom…

L’essentiel est dans la régularité, l’abnégation, la concentration et l’application dont on fera preuve pour poser tous ces actes concrets et manifester chacun à sa manière cette force tranquille qui n’a pas besoin de vociférer pour faire tourner le monde.

Les vagues se forment et s’échouent les unes après les autres, les nuages éclatent et la lune tourne autour de nous qui tournons autour de l’astre brillant qui n’est qu’une poussière infime à côté de l’immensité des corps, esprits et autres réalités animées par cette même force intérieure, cette force tranquille qui fait et défait le monde.

Ce monde incomplet meurtri par nos manquements, ce monde pansé par nos élans de générosité.

La rage appelle la douceur comme le riz appelle l’eau…

Bon appétit à tous, à nous tous !!!

Une tonne de plumes

Ils t’ont méprisé(e), ils se sont moqués de toi, ils t’ont tapé(e), humilié(e) ou peut-être pire : ils t’ont ignoré(e) au moment où tu cherchais à nouer le contact avec eux.

Ils ont blessé ton ego, ils t’ont meurtri(e) et tu t’en souviens encore. Tu t’en souviendras peut-être toute ta vie. Peut-être pas toute ta vie avec la même amertume ni la même rancune mais ces images t’accompagnent déjà depuis un certain temps et tu vois mal comment elles pourraient s’effacer du jour au lendemain.

Est-ce qu’ils se souviennent, eux, de ces moments qui t’ont marqué(e) à vie ? Est-ce que ces quelques secondes restent gravées dans leur mémoire comme elles le sont dans la tienne, d’une façon qui te semble indélébile ?

Que fais-tu aujourd’hui de ces instants qui reviennent te hanter de temps à autre, comme les visages de tous ceux à qui tu as causé du tort, celles et/ou ceux que tu as méprisés, moqués, tapés, humiliés ou peut-être pire : ignorés au moment où ils cherchaient à nouer le contact avec toi ?

Cette énergie qui jaillit en toi au moment où ces scènes repassent devant les yeux de ton esprit, qu’en fais-tu ?

Comment t’y prends-tu pour saisir, extraire extirper de ces mauvais souvenirs suffisamment de volonté, de détermination, de concentration pour te faire avancer, aller de l’avant, découvrir à l’intérieur et autour de toi les nouvelles ressources nécessaires pour réaliser enfin ce pourquoi tu te lèves chaque matin ?

Tous ces gens qui t’ont fait mal ou que tu as heurtés, blessés ou encore ignorés sans forcément en prendre conscience sur le moment, méritent-ils vraiment que tu les portes sur tes épaules au quotidien, et peut-être même pour le restant de tes jours ?

Tes épaules ne sont – elles pas plutôt destinées à porter tes enfants, tes courses de daron(ne) ou ton sac à dos d’étudiant(e) ?

Es-tu destiné(e) à passer ta vie à hanter la mémoire de telle personne ou à traîner malgré toi sur les épaules de telle ou telle autre ?

Aujourd’hui l’alchimie prend un sens très concret pour toi : transformer le plomb en or, ou même en plume tant qu’on y est. Une plume ça coûte rien mais c’est léger, c’est joli, ça se laisse porter par le vent, ça attire la convoitise de personne et ça peut dépanner au contraire : qui voudra écrire, reposer sa tête plombée par les pensées ou tout simplement souffler un grand coup et voir voyager le fruit de son souffle pourra venir te voir.

Hier tu regorgeais de mauvais souvenirs et plombais l’ambiance, désormais tu allégeras les épaules de tes congénères. Certes, une tonne de plumes ça pèse aussi lourd qu’une tonne de plomb. Mais c’est combien de micro-expirations comme ça qui t’auront défait(e) d’une partie, si infime soit-elle, de ce qui te pesait jusqu’alors ?

Combien de plumes emportées par le vent ?…

Ah…

7. Effort l’infidèle

Vérité, la première chose qu’elle a faite quand elle est rentrée chez elle : elle a pris une bonne douche, elle a mis la première tenue qu’elle a trouvée et elle est partie chez Raison pour lui raconter le moment où Effort il a dragué Passion. Elle pouvait plus garder ça pour elle. Rien qu’elle y pensait depuis le moment où elle s’était faite séquestrer par Langage.

D’ailleurs elle était tiraillée entre deux sentiments quand elle était (soi-disant) enfermée dans le Concept. D’un côté elle avait de la peine pour Langage, elle voulait pas niquer son délire trop vite donc elle jouait le jeu mais d’un autre côté elle avait mal pour sa pote. De ouf… Mais quand elle a vu qu’Evidence et Intuition elles avaient fait le déplacement jusqu’à l’Eau-Silence elle s’est dit que la mascarade avait assez duré. Les deux mascarades d’ailleurs : la fausse prise d’otage et la fausse fidélité d’Effort pour Raison.

Donc là, Vérité elle est déterminée à raconter à Raison tout ce qu’elle a vu. Quand elle arrive chez Raison, Raison elle vient de raccrocher avec Foi qui lui a raconté la visite d’Effort en détail. Déjà elle était pas bien depuis que sa pote avait disparu mais d’apprendre qu’Effort s’est permis d’aller draguer sa meilleure pote ? Alors là, nan, c’est trop ! Du coup quand elle entend sonner, au début elle hésite à aller ouvrir. Elle se dit : qui ça peut être de toutes façons ? Si c’est Effort, ça risque de partir en histoire d’homicide volontaire ! Si c’est encore quelqu’un qui vient lui dire que Vérité a disparu, ça risque de partir en insultes gratuites ! Du coup au début quand elle entend la sonnette, elle ouvre pas. Mais Vérité elle connaît sa pote. Elle sait très bien que Raison, non seulement elle est rationnelle mais elle sait aussi se montrer raisonnable. Du coup elle insiste.

Raison, elle a l’habitude de pas ouvrir à la première sonnette. Quand elle est contrariée, généralement elle veut voir personne. Mais quand elle entend la sonnette retentir plusieurs fois, elle se dit que ça doit être important donc elle va ouvrir. Et là, son visage il change d’un coup !!! VÉRITÉ !!!!!! ELLE EST REVENUE !!!!!!! Raison elle est comme une dingue, d’un coup, toutes les mauvaises pensées se dissipent, elle saute en l’air, elle court se jeter dans les bras de sa pote et elle la serre fort contre elle !!!

Vérité elle lui raconte pas tous les détails pour pas l’affoler, d’autant que Langage c’est un des meilleurs potes à Raison donc elle veut pas la monter contre lui. Vérité, elle est même pas énervée contre Langage, en vrai. Elle est plus triste pour lui qu’autre chose. Du coup elle invente une histoire de panne qui s’est éternisée parce qu’elle avait plus de batterie pour appeler les secours, etc. bref un gros bluff bien ficelé. Comme quoi, même Vérité ment parfois…

Mais au bout d’un moment, Vérité elle se sent mal. Elle se souvient de comment elle s’appelle, et même si toutes les vérités sont pas bonnes à dire, ce qu’elle a observé juste avant de se faire enlever, elle peut pas l’enlever de sa tête. Donc elle balance tout : comment Effort il regardait Passion, comment il la tchatchait maaaal, comment il lui lançait des sourires d’ange heureux…

Et là, Raison elle a une nouvelle saute d’humeur. Elle tient plus le coup là, les montagnes russes de l’émotion ça va deux minutes, mais là C’EST TROP WESH !!! Deux infidélités de son gars racontées par ses deux meilleures potes ???!!! La même journée !!!??? Mais on est où là ???!!! Elle est toujours super contente d’avoir retrouvé Vérité mais d’un autre côté elle capte plus rien. Elle peut plus réfléchir, elle a la tête vide, elle sait plus où elle habite…

Mais Vérité elle voit ça direct et elle la laisse pas s’enfoncer dans les sous-sols d’elle-même. Elle lui propose un plan. Un bête de plan…