Silence, sacré, secret

Je pourrais bien rester toute ma vie emmuré dans le silence.
Un silence plein d’enseignements, un silence édifiant.
Je pourrais bien profiter de cela sans chercher à partager ce que je reçois. Je pourrais le vivre sans en faire part à qui que ce soit. 
Et c’est peut-être ce qui se passera pour moi un jour. C’est peut-être le lieu vers lequel je me dirige. Un lieu où l’acte d’écriture, d’énonciation, d’expression n’aura même plus de sens. 

En vérité, j’ai déjà foulé ce lieu sacré. J’y ai été invité à plusieurs reprises, dans le secret du silence qu’il serait malvenu de salir ici. Je me souviens de l’absence de quelque bruit que ce soit, extérieur comme intérieur, et en m’en souvenant j’y replonge.
Ce lieu saint, enfoui dans un recoin impénétrable, j’y ai vécu et ressenti une telle tranquillité que j’ai bien failli y demeurer et ne plus revenir. Je me souviens de cette soirée sur la terrasse, à Dakar… Je me souviens d’avoir réfléchi une courte seconde à l’éventualité de faire durer cet état indéfiniment.
Mais c’est la visualisation de la famille qui m’a fait revenir. Ces attaches solidement implantées en moi, désormais. Ces plantes qui demandent de l’eau et de l’attention et donnent un sens au mot « responsabilité ».

De ce lieu hors du commun pousse une plante qui donne des fruits dont ce texte est un vulgaire pépin. Ce pépin porte en lui la plante entière, pourtant combien de pépins sont crachés, jetés ou rangés dans la poche dans le seul but de ne pas le laisser traîner sur le sol inerte qu’on respecte même plus que lui…
Ainsi le sacré se laisse piétiner sans mot dire et ne communique son silence qu’aux semeurs disposés à l’introduire dans une terre fertile, à lui apporter de l’eau et de l’attention. 

L’immensité se laisse contempler lorsque l’histoire qu’elle raconte trouve un écho, ne serait-ce que dans l’écoute et le regard d’un seul observateur suffisamment attentif pour y assister, la laisser s’implanter et donner des fruits pleins de pépins susceptibles d’être à leur tour plantés, arrosés et accompagnés jusqu’à l’éclosion de la prochaine plante, qui prendra sa place dans l’incommensurable immensité et y jouera le rôle que lui assignera la silencieuse histoire que le prochain observateur attentif saura apprécier, méditer et transmettre à nouveau… à qui saura y prêter attention.

Se laisser pousser par le vent pour entrer dans ce cycle, voilà peut-être la seule et unique tâche à laquelle il me convient d’espérer pouvoir aspirer.
À condition que le vent daigne me souffler les messages qu’il transporte et les mots qu’il charrie comme l’eau des rivières déplace les alluvions et apporte sa fertilité à la terre…

Lové

patio 2

À l’abri
À l’intérieur ou à l’extérieur
Au sein du fin fond d’une province reculée
De l’esprit
Lové
Enveloppé de douceur
Fraîcheur d’une matinée d’été
Ou toute la nuit
Ou toute la vie…

Plus rien ne presse…

Purification

L’esprit, les mains, la bouche, le nez, le visage, les avant-bras, la tête, les oreilles, les pieds. Index pointé vers le haut.

Vers l’infini.

L’esprit, les mains de part et d’autre du visage, les bras qui retombent, la main droite sur l’avant-bras gauche replié sur le torse, les mains sur les genoux, les mains de part et d’autre du visage en position debout, les mains de part et d’autre du front et du nez collés au sol, les mains sur les genoux repliés en position assise, les mains de part et d’autre du front et du nez collés au sol, les mains sur les genoux repliés en position assise. Une fois, deux fois, trois fois, quatre fois.

À l’infini.