L’antre de…

J’crache l’encre par litres
J’gratte lettre par lettre
Me délecte de ce qui m’apaise
Me déleste de ce qui me pèse
Le céleste m’apporte une sorte de porte de sortie
Par laquelle j’entre au centre de l’être
M’ancre au plus près de la source de l’encre
Dans l’antre de
L’entre-deux…

Chercher un mot

Je veux parler de ce silence intérieur, ce silence pollué par les mauvais mots qui gravitent autour de la volonté de dire, sans parvenir à traduire précisément ce que l’on cherche à exprimer. Ce silence intérieur agité par une tension, un élan vers LE bon mot, celui qu’on connaît par coeur mais qu’on a égaré quelque part à l’intérieur de son espace mental, cet espace qu’on cherche à transformer en territoire en s’appropriant la parcelle qui recouvre cette pépite d’or qu’on traque derrière chaque pierre qu’on soulève…

Cette recherche occupe toute l’attention le temps de quelques secondes, parfois quelques fractions seulement, parfois de longues minutes.
Cette quête de la formule juste, celle qui collera à la fois à la sensation du rédacteur et aux yeux du lecteur…
Cette quête de sens qui fait barrer ou effacer les approximations lorsqu’elles ont franchi par inadvertance le filtre de l’attention lors de l’écriture, venant se coucher sur le papier ou l’écran et s’exposant alors au nouveau filtre de la lecture, puis de la relecture, de la rerelecture, etc.

(Ce soir, j’ai retrouvé ce texte que j’avais écrit il y a peut-être 7 ou 8 ans et ça fait partie des textes que j’aurais pu écrire ce soir, tellement je vis encore souvent cette sensation de « silence intérieur, ce silence pollué par les mauvais mots qui gravitent autour de la volonté de dire, sans parvenir à traduire précisément ce que l’on cherche à exprimer… » Mais parce que la quête ne s’arrête jamais vraiment, je n’ai pas pu m’empêcher de le corriger, de le peaufiner encore et encore en essayant de m’approcher le plus possible de la sensation à décrire…🙂 ) 

Ce jour-là…

Amener le plus de combustible possible lorsque surgira la fin.
Apporter ce qu’il sera possible de rassembler en ce jour béni.
Le soufre resplendira d’étincelance, la mandarine offrira sa pleine pulpe.
Le pigeon voyageur s’époumonera, en vain.
Les trains l’auront rendu inaudible.
Le chemin de seigle attirera les volatiles les plus incongrus.
Tous déclineront avec le lever de lune.
Eruption articulée, fascination savamment contenue et méticuleuses manipulations se conjugueront pour rendre la fête encore plus invraisemblable.
Ascension fulgurante et ravissement soudain achèveront de sublimer le banal et le commun.
Simultanéité des sourires et harmonie des exclamations donneront à la cérémonie un parfum de…

Il y a…

Il y a les soucis du quotidien : il faut penser aux courses, à ne pas arriver en retard au taf, aux dépenses à prévoir d’ici quelques heures, jours, semaines ou mois…

Il y a les choix de vie, à moyen et long terme : il faut trancher, décider de se lancer ou d’assurer plutôt la sécurité, de prendre des risques pour s’épanouir ou de faire le nécessaire pour se mettre à l’abri du besoin…

Et puis il y a cette temporalité à laquelle j’accède quand je regarde les avions décoller ou atterrir, la lune briller ou une fourmi frayer son bout de chemin, un bout de bois sur le dos.
Cette dimension qui me fait rêver de partir du jour au lendemain vivre dans le désert, dans une cabane de pêcheur ou en haute montagne, à contempler le bruit du vent et les nuages qui passent au-dessus…
Cet espace où l’heure qu’il est importe aussi peu que le contenu de mon compte en banque, l’âge que j’ai ou le nom des écoles ou des entreprises par lesquelles je suis passé.
Ce monde qui se manifeste à moi de temps à autre et me fait oublier tout le reste…

Ce tronc

Je suis ce tronc qui voudrait déjà être fruit
La sève qui bout, les branches qui poussent
Le ciel me fertilise
J’absorbe chaque rayon de lumière comme si c’était le tout premier

Mes fruits tardent à sortir de terre
Insolemment
Ils prennent tout leur temps

Contraint par le cycle de la vie
Impatiemment
J’attends…

L’expérience a un prix

L’instant est plus fort que tout… ce que j’ai pu prévoir
Au risque de décevoir… j’accepte de décevoir
D’impressionner, de provoquer haine, indifférence…
Quelle différence ?
J’apprends à ne plus vivre en fonction des regards.

Si je me plante, ne me dis pas : « je te l’avais bien dit… »
Je tente, j’échoue, j’assume, j’apprends : l’expérience a un prix
Je sais qu’il serait plus prudent d’assurer… que de se lancer
Mais j’ai un pied dans le vide…
Et c’est sur lui que je veux danser.