Au-delà des idées

Paralysés par le doute et l’esprit critique qui nous refusent l’opportunité d’accorder aux meilleurs la foi nécessaire pour bénéficier de leur lumière, nous souffrons de ce que nous avons appris à considérer comme nos principaux atouts.

La raison, qui cherche des preuves, occulte la soif de bienfaits qui ne souffre aucune espèce de poussière de vaines interrogations.

Lorsque tout est clair, lorsque la clarté de la clairière de la clairvoyance devient si manifeste que même les néons de l’esprit n’éclairent plus les lieux qu’en l’assombrissant par des jeux de lumière artificiels, il ne reste que l’appel à l’aide du coeur démuni, la supplique agenouillé ou les yeux mouillés pour voir survenir la coupure de courant salvatrice, qui connecte par on ne sait quelle opération miraculeuse la terre asséchée à la source d’eau vive et vivace.

La souillure du doute paralysant est certes perçue comme l’attribut de pureté le plus manifeste dans le monde des faux-semblants, le monde illusoire des certitudes enracinées dans des chimères nourries par l’imagination et les idées fixes.

La logique pense sans doute pouvoir contrôler la respiration, le débit du sang dans les veines et la fréquence des larmes à force d’hypothèses vérifiées par l’expérience, parviendra-t-elle pour autant à créer et à faire jaillir ce qu’elle s’efforce d’analyser de l’extérieur ?

Nous sommes des spectateurs de la féérie permanente avec laquelle le monde se déploie sous nos yeux écarquillés. Nous attestons sans conteste de la supériorité des forces naturelles et surnaturelles sur nos tentatives les plus acharnées et les plus impressionnantes de maîtriser et de quadriller cette effusion d’énergie qui nous porte et nous anime.

Qu’Allah nous illumine.

Amine.

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La vie de rêve

On a grandi avec l’idée qu’on valait rien.

Même entre nous, on avait tendance à se critiquer mutuellement, à se descendre avec ou sans humour, à se mettre des bâtons dans les roues. Même pas par jalousie, juste par habitude.

L’habitude nous tuait à petit feu, on s’habituait à être médiocre pour pas éclabousser le voisin ni se faire soulever, on se faisait tout petits pour surtout pas faire de vagues, pour que personne parle sur nous…

Jusqu’au jour où on a quitté les lieux, on a découvert de nouveaux milieux et soudain, d’autres gens ont vu en nous des qualités que personne n’avait remarquées jusqu’alors.

D’un seul coup, on devenait beaux, talentueux, drôles, cultivés, alors qu’on s’était toujours perçus comme des moins que rien, à force de croire ce qu’on avait l’habitude d’entendre et de penser…

Sauf qu’être beaux, talentueux, drôles ou cultivés aux yeux de ceux qui nous disaient qu’on était « pas comme les autres », ça nous disait rien… On avait l’impression de trahir ceux avec qui on avait grandi, on préférait encore endosser le mauvais rôle qu’on avait jamais incarné plutôt qu’être perçus comme « l’exception qui confirme la règle »…

Alors on a quitté ce nouvel environnement et on est revenus là d’où on venait, avec un autre regard sur nous-mêmes et sur les autres. C’était les mêmes pavillons et les mêmes bâtiments qu’avant, on voyait les mêmes têtes dans les halls et au bar du coin, on croisait les mêmes regards froids ou chaleureux mais c’était plus pareil.

C’était plus une prison ni un asile à ciel ouvert, on savait qu’on pouvait se barrer si on en avait envie et ça, ça changeait tout. On savait désormais que y avait pas que cet environnement mais on savait aussi que les autres lieux qu’on prenait avant pour des paradis inaccessibles valaient pas mieux qu’ici.

Dans les quartiers chics ou au bord de la mer, tout paraît beau vu d’ici mais il suffit d’y vivre pour voir l’envers du décor. Du coup c’est bizarre à dire mais aujourd’hui, on préfère vivre ici parce qu’au moins on se sent pas trompés sur la marchandise.

Aujourd’hui, on cherche à valoriser ceux qui nous entourent au lieu de les couler, parce qu’on sait à quel point les blessures psychologiques sont durables.

Et même si on a pris conscience de notre valeur, on préfère bosser dans l’ombre au service de ceux qui ont oublié la leur plutôt que se masturber sous les projecteurs au son des flatteries de ceux qui nous complimentent pour mieux diaboliser nos frères.

On se prend pas pour des super-héros pour autant, chaque jour nous montre à quel point on lutte contre le vent, chaque échec supplémentaire nous rappelle notre insignifiance.

On compte plus les fois où on a eu envie de tout plaquer, d’aller vivre sur la côte, « nique leur mère les autres, on sirotera un Virgin Mojito everyday à l’ombre d’un parasol et on comptera les vagues »…

Mais pour l’avoir déjà fait, on sait que ça sonne faux dans le fond, la vie de rêve c’est pas une pub Pulco Citron.

La vie de rêve c’est notre vie quotidienne, est-ce qu’on peut rêver mieux qu’un bête de défi à relever chaque jour ?

Le voilà le défi : trouver la paix au milieu des tensions, conserver l’amour au milieu de l’indifférence qui fatigue le corps et l’esprit. Et même si on arrive à motiver un seul petit de pas se prendre pour une merde ou à réconforter un seul ami qui veut lâcher le steak, si on arrive à devenir et demeurer humbles et confiants, si on arrive à voir cette vie comme un rêve dont on se réveillera bien tôt ou tard, on aura gagné.

On aura réalisé nos rêves.

L’attention

L’attention est une faculté fondamentale pour les personnes soucieuses de soigner leur caractère et leur comportement et déterminées à progresser intérieurement ainsi que dans leurs rapports à autrui.

PRÊTER ATTENTION aux choses et aux personnes qui nous entourent, être ouverts, ATTENTIFS, c’est manifester une lumière intérieure qui éclaire nos pensées et nos actions et nous montre la voie à suivre.

FIXER SON ATTENTION sur ce qu’on vit à chaque instant, rester concentré est une autre condition nécessaire pour prendre soin de soi et des siens sans discontinuer.

Cette attention portée à ce qui nous entoure nous pousse à nous montrer ATTENTIONNÉS, à transformer notre bienveillance en actions concrètes sous la forme du service.

FAIRE ATTENTION, enfin, renvoie à la prudence, à la vigilance quant aux conséquences de nos attentions, notamment à l’arrogance qui peut naître chez celles et ceux qui s’enorgueillissent de leurs attentions au lieu de se montrer reconnaissants d’en avoir été les réceptacles et les véhicules.

Prêter attention, fixer son attention, se montrer attentifs et attentionnés tout en faisant attention…

Message à l’attention de celles et ceux qui s’y retrouveront…

L’homme qui voulait toujours avoir tort

C’est l’histoire d’un homme qui voulait toujours avoir tort.

Un homme à part.

La vérité n’avait aucune espèce d’importance pour lui et pourtant il ne mentait jamais.

Il disait que les paroles, comparées à ce qui arrive, sont comme des photographies par rapport à un paysage.

Il accordait une place importante au silence et à la contemplation des paysages, des photographies et des photographies de paysages.

Il disait que le silence comparé aux sons est comparable à l’humanité par rapport à l’homme.

Dans chaque discussion, il savait trouver les mots pour mettre l’autre à l’aise et lui donner la conviction profonde qu’il avait quelque chose de fondamental à enseigner.

Il était l’élève de tout le monde, du vieillard aigri en fauteuil roulant qui hurle sur sa fille dévouée parce qu’elle vient de rater son créneau avec SA voiture à l’enfant terrible qui n’en fait tellement qu’à sa tête qu’il n’obtient toujours que précisément ce qu’il souhaite, au moment même où il l’exige.

Il savait gagner la confiance des personnes meurtries par la vie au point de perdre toute estime de soi et rassurer en un regard les plus angoissés des parents de malades en phase terminale.

Il était invisible, imperceptible tellement sa présence se mettait au service de son entourage à chaque instant.

Personne ne le connaissait mais il manquait à tout le monde, en permanence.

Personne ne connaissait son nom ni son histoire et pourtant tout le monde se souvenait avoir bénéficié de son précieux soutien.

Il faisait tout pour qu’on le considère comme un moins que rien, il servait de faire-valoir aux plus timides et de bouche-trou aux longues soirées d’ennui.

Cet homme est né le mardi 15 mai 2018 au détour d’une phrase inspirante et pourtant il a vécu de longues années dans le coeur de tous ceux qui le reconnaissent ici, sans vraiment se souvenir précisément de lui puisqu’ils viennent de le rencontrer.

Peut-être que la suite ou le début de son histoire vous sera contée dans les prochains jours, si la spontanéité l’emporte une fois de plus, à chaque fois que sa présence s’imposera en ces lieux.

Qu’il nous soit permis à tous d’avoir l’honneur de faire la connaissance de cet homme à part.

L’homme qui voulait toujours avoir tort.

On ira

On ira chercher la vibe là où elle se cache. On ira la pister, fouiner les recoins, on ira déterrer la hache de paix.

On ira la dénicher, la traquer, l’attraper avant qu’elle parte, on ira l’attendre à la sortie si il faut, juste pour bénéficier de sa compagnie.

On ira l’accompagner, on ira là où elle nous dit d’aller tant qu’on comprend ce qu’elle dit, tant qu’elle a encore du temps à nous accorder.

On ira la trouver, lui poser les questions essentielles, celles qui nous trottent dans la tête depuis toujours.

On ira déjouer les pièges de la paresse et du laisser-aller, on ira s’efforcer de se forcer à se laisser guider par ce qu’on a l’habitude de camoufler sous des kilos de « moi-moi-moi » ou de « lui-lui-lui »…

On ira chercher le silence derrière chaque mot et la nuit derrière le jour, on ira au-delà de ce qu’on voit et de ce qu’on convoite pour servir, nourrir, rassurer, soutenir, accueillir, protéger, chérir, magnifier, encourager, on ira dire à chaque personne qu’elle est indispensable, irremplaçable.

On ira refroidir les arrogants, apaiser les angoissés et motiver les désespérés parce qu’on est aussi arrogants, angoissés et désespérés qu’eux même si on cultive la modestie, la sérénité et la détermination.

On ira métamorphoser les contradictions en complémentarités, les ennemis en miroirs et la fatigue en une pêche incroyable.

On ira là où personne ne nous imaginerait, là où on se sent enfin respirer, resplendir, respecter chaque souffle qui passe par nous.

On ira là-bas. Avec ou sans sneakers aux pieds.

Banlieusards

On n’a jamais fait de placard ni même une seule gardav…
On n’a jamais fait de cross, on sait même pas faire une roue en vélo…
On n’a jamais participé à une descente ni à une bagarre générale…
On n’a jamais vendu de drogue ni arraché un téléphone…
On n’a jamais porté de Requin ni d’ensemble Lacoste…
On n’a jamais fait de crête ni de dégradé en mode rasé sur le téco et coupe au gel au-dessus…

On n’a jamais fait les kaïras… et on en ressent ni honte ni fierté. D’ailleurs kaïra ça veut rien dire en vrai, les potes qui ont fait de la tôle ou du YZ c’est pas ce qui manque et ils se réduisent pas à ça… Pourtant on se sent pas moins banlieusards qu’eux. La banlieue c’est pas que la street, même si on a aussi passé du temps dehors, à jouer au foot, à se vanner ou à refaire le monde…

La banlieue c’est ce sentiment d’être étranger chez toi, jamais vraiment chez toi parce que y a toujours un regard, une remarque ou un geste pour te faire comprendre que t’es pas le bienvenu, alors que t’es arrivé en même temps que tout le monde sur cette terre…

On a toujours eu un pied ici et un pied ailleurs, même quand on savait pas exactement de quel ailleurs ni même de quel pied il s’agissait.

On représente personne, à part ceux qui se sentent représentés par personne.

On représente tous les banlieusards qui se sentent ni complètement en marge ni complètement intégrés au système dominant, mi-révolutionnaires mi-moutons-malgré-nous, citoyens de seconde zone à force de devoir payer le Navigo zone 1 à 3 mais arrête-de-nous-regarder-de-haut-cousin-t’as-rien-de-plus-que-nous…

On a passé notre vie à chercher qui on est et qui sont « les nôtres », tellement tous ceux à qui on voulait nous rattacher ne correspondait à chaque fois qu’à une petite partie de nous.

Aujourd’hui on regarde les aînés qui nous devancent et parfois on se prend à rêver qu’un beau jour on parlera comme eux, on dira que nous aussi on l’a fait, qu’on a réussi là où personne ne nous attendait, qu’on est enfin arrivé à faire ce dont on avait toujours rêvé sans que personne nous prenne au sérieux.

Ça fait des années qu’on a l’impression de stagner tout en engrangeant un paquet d’expériences inédites, des années qu’on se dit que bientôt ça sera à notre tour de dire : ça y est, enfin, on y est, on le touche du doigt ce moment de fierté d’avoir accompli ce pour quoi on se lève chaque jour depuis tant d’années…

Pour certains c’est l’écriture comme pour d’autres c’est le foot, l’entrepreneuriat, la pâtisserie ou la vidéo, on a tous ce truc auquel on s’accroche en rêvant secrètement du jour où on n’aura plus besoin de quémander le respect ou la reconnaissance parce qu’ils iront de soi, ce jour où on se retournera avec le sourire du souvenir de ces moments où on rêvait de vivre ce moment qu’on est justement en train de vivre…

On a grandi dans l’idée qu’on faisait pas partie des gens qui comptent, qu’on correspondait pas au moule dans lequel on était censé se fondre, on a trimé pour rester fidèles à ce qui nous faisait vibrer sans pour autant imiter quiconque.

On a tout fait pour apporter notre touche perso à la fresque générale, on a lutté contre notre tendance secrète à jalouser ceux qui semblent enfin parvenus à cette étape qu’on aimerait tant atteindre, on a résisté tant bien que mal à cette sale tentation d’envier les autres parce qu’on a entendu l’autre jour quelqu’un nous dire qu’il était fier de voir à quel point ça marchait bien pour nous alors qu’on a peut-être jamais autant galéré qu’en ce moment…

Enfin bref, courage à tous ceux qui s’identifieront au « nous » de ce texte, à ce statut bâtard d’entre-2, d’intermédiaires entre ceux qui pèsent et ceux qui subissent, entre ceux qui décident et ceux qui exécutent, entre ceux qui lancent des modes et ceux qui les suivent, entre ceux qui ont le droit à la parole et ceux qu’on a jamais calculés…

Un pied de chaque côté… Entre-2…

Les couleurs de notre drap-peaux

On a grandi tous ensemble, avec des parents venus des 4 coins de la France, de l’Europe, de l’Afrique, de l’Amérique latine, des Caraïbes, de l’Asie, de l’Océanie et j’en passe.

On a très vite appris que le monde est vaste et que l’horizon ne s’arrête pas aux frontières de notre ville, même si on avait du mal à la quitter, notre ville…

À la crèche, à l’école, au collège, au sport, au parc, chez les uns chez les autres ou dans la rue, a tous été amenés à faire un bout de chemin vers l’autre, tous les autres, les autres langues, les autres religions, les autres codes aussi.

On a été amenés aussi à se percevoir soi-même comme un autre, exactement comme les autres, c’est-à-dire pas comme les autres.

On a bricolé nos propres codes avec un peu de rap par ci, un peu de films cainris par là, un peu de foot, un peu de verlan, un peu de sape, un peu de vannes cosmiques, un peu de drague, un peu d’ennui, un peu de sorties par ci par là, et beaucoup de ce que nos parents et les parents de nos frères et soeurs de coeur nous ont transmis.

On a grandi, chacun a fait son bout de chemin, et aujourd’hui on se reconnaît même quand on s’est jamais vus.

J’ai passé mes 20 premières années à L’Île-Saint-Denis (93) et depuis j’ai vécu à Lyon, Dakar, Saint-Denis, Asnières, Casablanca et Colombes et partout où j’ai habité, j’ai rencontré des frères et soeurs de coeur pour qui la diversité n’est ni un problème ni un slogan mais juste une évidence, la seule réalité dans laquelle on se sente vraiment bien.

La diversité, ce n’est pas une partie de la population qui ne correspond pas au stéréotype du Français dans l’inconscient collectif. Ce n’est pas un groupe de personnes, c’est ce qui caractérise toute la population. Nous tous. Nous sommes divers, la diversité nous concerne tous.

Et si beaucoup d’entre nous ont toujours eu du mal à se sentir français et fiers de l’être, moi le premier, c’est parce qu’on a grandi dans une société imprégnée par le racisme et une petite musique de fond qui nous ressasse que la diversité n’est pas un mot français.

On a tous vécu ou assisté à des scènes de rejet, d’exclusion, d’injustice. On a grandi tous ensemble mais on a très vite compris qu’on serait pas tous traités exactement de la même façon par l’école, la police, la justice, le monde professionnel, les bailleurs de logement bref la société entière en fonction de notre nom, de notre allure, de notre adresse ou de notre couleur de peau.

C’est ce qui fait que c’est toujours pas évident aujourd’hui pour nous de chanter la Marseillaise, d’aller voter ou d’élever nos enfants sans craintes, quelle que soit notre identité, notre parcours, notre statut, l’image qu’on renvoie à la société ou celle qu’elle nous renvoie.

Mais on est nés, on a grandi en France ou on y a vécu des années, d’où que nos ancêtres proviennent, la France c’est nous. Nous tous. Et Dieu sait que je suis fier d’appartenir à cette France multicolore même si mon nom et mon visage sont vus par certains ignorants de tous bords comme un signe d’appartenance à la bonne vieille France coloniale qui se rêve monochrome et uniforme.

Je prie, j’agis, je travaille, j’écris, je chante, je m’engage, je vis pour qu’un jour en France la couleur de notre peau, notre religion ou nos origines géographiques ne soient perçus comme rien d’autre que l’ensemble des richesses que nous pouvons partager avec les autres. Tous les autres.

Je vis pour que la diversité soit une évidence pour mes enfants y compris lorsqu’ils grandiront et apprendront dans quelles cases leurs interlocuteurs les mettront en fonction des lieux et des personnes qu’ils fréquenteront.

Je prie pour que nous restions unis, soudés, sur la même longueur d’onde.

Continuons à briller, à rayonner, à fasciner les uns et à faire peur aux autres, restons nous-mêmes, des gens ouverts, généreux, actifs, drôles, savants, hospitaliers et compétents. Des gens dignes. Restons dignes d’appartenir à cette population qui reflète l’humanité dans toute sa splendeur.

Resplendissons la famille. On est ensemble. ☝❤🌍