Puissamment

Il est puissamment présent
Et sa sollicitation est continue
Comme les vagues ou les courants marins
Et même si la surface est agitée, le fond peut être encore plus calme que toute autre image qui viendrait à l’esprit.
La plongée dans les profondeurs permet de visiter les trésors, de découvrir des perles et des joyaux, de contempler une faune et une flore insoupçonnée, d’alimenter ce calme tellement poignant qu’il vient secouer l’être entier
Comme un trop-plein de calme, un surplus de paix à déverser, à partager, à faire circuler, tels les courants marins qui continuent à animer les flots, coûte que coûte
Et les vagues s’échouent, et l’écume affleure, et les nuages se mirent à la surface de l’eau.
Et la mer absorbe tout, recouvre les cadavres et les joyaux, le plastique et les poissons rares, les carcasses de pétroliers échoués et les coraux.
Et la faune et la flore participent à ces mouvements ininterrompus, qui n’entravent en rien le fait que l’océan reste imperturbablement là, présent, égal à lui-même.
Ce ne sont jamais les mêmes gouttes qui se forment, circulent, s’évaporent, se condensent et peuplent la pluie
Ce ne sont jamais les mêmes poissons, ni les mêmes carcasses, ni les mêmes cadavres que l’océan recouvre
Et pourtant le Pacifique reste Pacifique
Bien qu’il accueille une seule et même eau qui provient de toutes ses autres demeures
Il demeure
Et change en permanence
L’eau qui le constitue s’est faite glace, ruisseau, nuage, marécage, salive et source enfouie au fond d’un massif massif
Quant à lui
Il est là
Il est là
Sans cesse
Sans stress
Sans façon…

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Cette nuit-là…

Ceux qui ne l’ont jamais ressenti prendront ça pour de la poésie.
Ce bouillonnement qui cogne autant qu’il apaise.
Cette flamme qui déchire le centre du corps autant qu’elle incite à la faire brûler encore davantage.
Cette eau sacrée qui désaltère autant qu’elle assoiffe.
Ce feu intérieur qui s’alimente de mots saints, lointaines traces de ces états puisés à la source d’où jaillit cette lumière qui ensemence cette terre invisible où poussent ces fruits mûrs, sucrés, succulents.
Ces cadeaux à partager avec qui saura les reconnaître et les savourer à leur juste valeur.
Cette connexion qui défie les lois de la gravité et dissipe les pires inquiétudes en un claquement de dou’aas.
Cette nostalgie du pays qu’on a quitté juste avant d’arriver pour la toute première fois dans notre pays natal.
Ce profond silence qui efface ce que le mal a dit.
Ce plein avant le vide…
Ce manque une fois passés ces instants privilégiés, comme ceux qui les ont vécus.
Ces instants marquants, déjà si lointains et pourtant si récents.
Ces mets sages…

Poupées russes

Derrière l’instant présent, il y a les petits soucis du quotidien. Derrière les petits soucis du quotidien, il y a l’agenda de la semaine. Derrière l’agenda de la semaine, il y a cette phase que nous traversons en ce moment. Derrière cette phase que nous traversons en ce moment, il y a notre parcours de vie. Derrière notre parcours de vie, il y a nos souvenirs. Derrière nos souvenirs, il y a le fonctionnement de notre organisme. Derrière le fonctionnement de notre organisme, il y a l’histoire de notre famille. Derrière l’histoire de notre famille, il y a l’histoire de l’humanité jusqu’à aujourd’hui. Derrière l’histoire de l’humanité jusqu’à aujourd’hui, il y a le cycle de la vie. Derrière le cycle de la vie, il y a le cycle de l’eau. Derrière le cycle de l’eau, il y a la Terre. Derrière la Terre, il y a le mouvement des planètes. Derrière le mouvement des planètes, il y a l’univers en expansion. Derrière l’univers en expansion, il y a le mystère de l’existence…

Chacune de ces réalités est un monde à part, avec son rythme propre, ses contraintes et ses bienfaits. On navigue en permanence entre toutes ces sphères qui n’en forment pourtant qu’une seule : l’existence et son mystère le plus profond, au cœur de cet univers en expansion, marqué par le mouvement des planètes, à commencer par la Terre et son cycle de l’eau qui nourrit le cycle de la vie, condition première de l’histoire de l’humanité au sein de laquelle l’histoire de notre famille nous a amené là, avec notre organisme et son fonctionnement, nos souvenirs gravés tout au long de notre parcours de vie, et plus précisément cette phase que nous traversons en ce moment, liée à l’agenda de la semaine et son lot de soucis du quotidien… Et en même temps, de tout temps, de tous temps, en tout, avant tout, après tout, il y a, il y a eu, il y aura… l’instant présent…

L’instantanéité

Parfois j’y pense comme à un pays que j’ai quitté depuis longtemps. Pourtant je l’accueille chaque jour, à chaque fois que l’instantanéité l’emporte sur le quotidien. Je peux le croiser au détour d’un bout de ciel au coucher de soleil ou au milieu d’une discussion tellement sincère que le dialogue se change en monologue à deux voix.
 
Et puis la routine reprend ses droits, allez lève-toi, il est l’heure, accepte de bouffer ta part de poussière si tu veux pouvoir ensuite retrouver ce qui te motive à retrouver ce qui te motive. Recevoir un message tellement clair que le doute n’osera même plus ouvrir sa gueule, un signe qui donnera à l’ordinaire une profondeur incroyable, insoupçonnée…
 
Il est à la fois dans ce qui se voit et ce qui se devine, se savoure et se regrette. Il tord les intestins, brûle les entrailles, il a pas d’heure, débarque quand bon lui semble et le temps de remarquer sa présence, il nous manque déjà…
 
Parfois j’y pense comme à un pays lointain, tellement lointain que même son souvenir s’éloigne… pourtant il peut débouler d’une seconde à l’autre, refaire surface, revenir tout chambouler, tout foutre sens dessus dessous sans prévenir, parfumer l’instant de sa simplicité admirable…
 
Il est solide comme un volcan et pourtant si frais… Il peut jaillir de l’ennui ou t’y laisser englué des heures entières… en attendant qu’il daigne à nouveau s’inviter chez toi…
 
« Mais de quoi il parle là ? », se demanderont ceux qui ont besoin de découper le monde en morceaux pour mieux le mâcher. Donne-lui le nom que tu voudras va, on va pas se prendre la tête, il est tard et on n’a plus le temps pour les chicanes.
 
Une plongée dans le cosmos au pays des merveilles, ça te dit ? Laisse tomber tes vieux réflexes, laisse-toi surprendre par ce que tu retrouveras bientôt au fond d’un tiroir de ta mémoire. Vide ton sac, vide !…
 
La nuit reprend ses droits, elle a tapissé le ciel et le trottoir, c’est le moment propice pour ouvrir la fenêtre. Laisse le calme remplacer tes réflexions obsédantes…
 
Parfois j’y pense comme à un pays lointain et je rêve de m’y installer, d’y passer le reste de ma vie d’avant. De migrer définitivement, de redevenir l’autochtone que j’étais avant d’être projeté là, au beau milieu de nulle part, à chercher de l’eau comme un chien errant…
 
C’est grâce à ça que je continue à y croire quand l’esprit critique et les dégueulasseries du monde me plombent le moral, quand le cynisme voudrait me faire croire qu’il est plus sincère que ces pépites d’éternité…
 
Heureux celles et ceux qui ont déjà fréquenté ces lieux bénis. On s’y croisera peut-être un de ces 4 ?! Va savoir… 😉

Imagine…

Imagine demain en prenant ton petit-dej tu vois des militaires qui cassent la porte de chez toi et qui t’annoncent qu’à partir d’aujourd’hui, cet appart’ c’est plus chez toi, désormais ça appartient au pays qui les envoie, que tu dois bouger, t’as 3 minutes pour débarrasser le plancher sinon ils tuent toute ta famille. Tu comprends pas ce qui se passe, tu te demandes si c’est une caméra cachée ou un cauchemar dont t’es pas encore réveillé, tu cherches à gagner du temps mais au bout de 3 minutes ils tuent ton fils devant tes yeux…

Imagine demain t’ouvres ta boîte aux lettres et tu reçois une convocation au commissariat le plus proche. T’as rien à te reprocher donc t’y vas… mais tu reviens pas. On t’arrête, on te fout dans un stade avec des milliers d’autres personnes qui ont reçu la même convocation et qui avaient rien à se reprocher. T’entends les gens autour de toi dire que c’est fini, que vous reverrez plus jamais les vôtres et d’un coup, les flics arrivent en masse et ils vous foutent dans un wagon qui vous emmène vers un camp… où vous vous ferez tuer…

Imagine demain tu sors de chez toi pour aller au taf et juste avant d’arriver, genre cent mètres avant ton lieu de travail, un mec arrive vers toi, te braque avec une arme, te bande les yeux et te force à monter dans un véhicule. Tu sais pas où tu vas mais tu fais un long trajet, tellement long que tu te souviens plus combien de jours ni combien de nuits vous avez voyagé. Quand on t’enlève le bandeau, t’es dans un marché et tu vois plein de mecs et de meufs autour de toi à qui on vient de redonner la vue, comme toi. T’entends des mecs que t’as jamais vus se disputer dans une langue inconnue en vous fixant lourdement et d’un coup, un des mecs sort quelques billets de sa poche, les donne au mec qui t’a braqué et te voilà obligé de le suivre parce que maintenant c’est lui qui te braque et qui t’emmène chez lui travailler de force… ou mourir…

Imagine demain tu dois voyager mais ton passeport arrive à expiration alors tu vas à la mairie. T’as toujours renouvelé ton passeport sans problème depuis que t’es petit mais cette fois-ci, on t’annonce que ce sera pas possible, la loi a changé et tu dois immédiatement quitter le territoire parce que t’as plus le droit de vivre dans ce pays. Toi t’as toujours vécu ici donc tu sais pas où aller mais surtout, y a toute ta vie ici, tes amis, tes repères… et le lieu dont la meuf de la mairie t’a parlé quand elle t’a demandé de partir, c’est un lieu où ton nom de famille est recherché par la police… et dans ce lieu, quand t’es recherché par la police et qu’on t’arrête, ça veut dire que tu vas mourir…

Imagine demain on t’annonce que le pays est en guerre et que t’es obligé d’aller combattre. Toi t’es plombier ou médecin, t’es banquier ou prof mais les mecs qui viennent de déclarer que le pays est en guerre ils en ont rien à foutre de ce que tu fais dans la vie, tout ce qu’ils regardent c’est ton âge et tous les mecs de ton âge doivent partir sinon ils se font tuer… T’as une heure pour dire au revoir à ta famille, ta femme, tes enfants, tes parents et d’un coup t’es dans un train, en uniforme avec un fusil que t’as jamais utilisé, entouré de plein de cordonniers, de commerciaux et de chauffeurs-livreurs qui portent le même uniforme et la même arme que toi et vous allez « au front », un endroit où vous êtes jamais allés et où vous avez rendez-vous avec la mort…

Imagine demain tu sors du boulot, tu vas faire quelques courses avant de rentrer et d’un coup t’entends des bruits d’avion de plus en plus forts et proches de toi et tu te rends compte que ces avions qui se multiplient dans le ciel commencent à lacher des trucs qui tombent et explosent… Tu vis ton premier bombardement, tu viens de t’en sortir vivant mais comment se passera le prochain ?… T’essaies d’appeler ta famille mais y a plus de réseau, tu veux rentrer chez toi mais y a plus de transport, tout ce que tu vois autour de toi c’est des gens paniqués qui courent dans toutes les directions et qui se demandent si l’immeuble qui est là est un bon endroit pour se cacher ou si lui aussi va se faire bombarder…

Imagine demain dans ces conditions… et savoure le délice que représente aujourd’hui, tout de suite maintenant quand t’y réfléchis deux minutes…

La nuit n’est pas le contraire du jour

La nuit n’est pas le contraire du jour. Elle le complète et lui donne du sens. Elle le précède et lui succède, elle existe au même moment que lui dans d’autres lieux, sous d’autres cieux.

La lune n’est pas le contraire de la Terre ni du soleil. Elle tourne autour de celle qui tourne autour de celui qui tourne aussi, peut-être… qui sait…

En islam, une nouvelle journée commence au coucher du soleil, on lit aussi bien de droite à gauche que de gauche à droite et pour s’enrichir, mieux vaut distribuer ses biens que les accumuler.

Il est dit que cette vie n’est qu’un rêve et que nous ne nous réveillons que le jour où nous la quittons. Il est recommandé de travailler comme si nous allions rester sur terre éternellement et de prier comme si nous allions mourir demain.

La mort n’est pas le contraire de la vie. Elle la complète et lui donne du sens. Elle la précède et lui succède, elle existe au même moment qu’elle, dans d’autres lieux, sous d’autres cieux…

Au-delà des idées

Paralysés par le doute et l’esprit critique qui nous refusent l’opportunité d’accorder aux meilleurs la foi nécessaire pour bénéficier de leur lumière, nous souffrons de ce que nous avons appris à considérer comme nos principaux atouts.

La raison, qui cherche des preuves, occulte la soif de bienfaits qui ne souffre aucune espèce de poussière de vaines interrogations.

Lorsque tout est clair, lorsque la clarté de la clairière de la clairvoyance devient si manifeste que même les néons de l’esprit n’éclairent plus les lieux qu’en l’assombrissant par des jeux de lumière artificiels, il ne reste que l’appel à l’aide du coeur démuni, la supplique agenouillé ou les yeux mouillés pour voir survenir la coupure de courant salvatrice, qui connecte par on ne sait quelle opération miraculeuse la terre asséchée à la source d’eau vive et vivace.

La souillure du doute paralysant est certes perçue comme l’attribut de pureté le plus manifeste dans le monde des faux-semblants, le monde illusoire des certitudes enracinées dans des chimères nourries par l’imagination et les idées fixes.

La logique pense sans doute pouvoir contrôler la respiration, le débit du sang dans les veines et la fréquence des larmes à force d’hypothèses vérifiées par l’expérience, parviendra-t-elle pour autant à créer et à faire jaillir ce qu’elle s’efforce d’analyser de l’extérieur ?

Nous sommes des spectateurs de la féérie permanente avec laquelle le monde se déploie sous nos yeux écarquillés. Nous attestons sans conteste de la supériorité des forces naturelles et surnaturelles sur nos tentatives les plus acharnées et les plus impressionnantes de maîtriser et de quadriller cette effusion d’énergie qui nous porte et nous anime.

Qu’Allah nous illumine.

Amine.