Douche intérieure, près de la source…

On se pose et on fait le point. Il fait nuit et il est tellement tard qu’on n’est plus à une heure près. Sous les étoiles, sur la terrasse, à l’intérieur du silence qui donne des ailes à la plume.

On se pose et on regarde ce qui se passe, ce qui vient, ce qui passe par là quand tout est calme, que plus aucune idée ne vient polluer le désert interne. La surface de l’eau est limpide, prête à accueillir la moindre onde, occasionnée par le souffle le plus imperceptible.

Quel est donc le mot qui déclenchera ce qui constituera bientôt la chair du texte, la partie la plus consistante à consommer, le plat de résistance, la saveur qui restera en bouche ?

Quel est donc LE mot qui introduira LE thème autour duquel tournera tout le texte ? Celui qui pourra devenir un titre, un nom et un résumé à lui seul ?

La surface est tellement limpide et imperturbable qu’aucune idée ne vient la troubler. Rien que la tranquillité, fruit d’une longue journée de travail et de prière, de vie de famille et de discussions amicales, de jeux d’enfants et de délicieux repas.

Rien qu’une mise à jour, une déconnexion du monde virtuel et irréel qui recouvre le quotidien au quotidien. Un assainissement, une prise de recul, une douche intérieure.

Voilà. Le mot est arrivé. Ou plutôt deux. Avec suffisamment d’élan pour provoquer une onde à la surface de l’eau calme. Douche intérieure. Deux mots, une image, une myriade d’autres mots et d’images qui se précipitent, comme les cercles concentriques qui se forment peu à peu autour de l’endroit où les deux mots sont tombés comme des pierres.

Les questions habituelles viennent élargir encore le rayon d’émission des ondes concentriques : d’où vient l’eau de cette douche intérieure ? Que nettoie-t-elle ? Qui tient le pommeau ? Qu’est-ce qui fait office de savon ?

Tout est très clair pourtant : avec ou sans ces questions, la simple évocation d’une « douche intérieure » dit tout.

Chacun ressent très bien de quoi il est question, chercher à expliquer et expliciter a tout prix peut même dénaturer l’image et faire perdre de vue les cercles qui s’élargissent à la surface du lac intérieur. Tiens, lac intérieur, petite redondance qui permet de faire plus ou moins subtilement le lien entre l’image de la douche et celle de l’étendue d’eau.

Va-t-on aller jusqu’à imaginer une douche sous l’eau ? D’où viendrait donc l’eau qui jaillirait sous la surface de l’eau ? De quelle genre de source pourrait bien provenir l’eau d’une douche sous-marine, à supposer que l’étendue d’eau soit désormais devenue une étendue d’eau salée ?

Va-t-on convoquer l’image coranique des deux étendues d’eau, l’une douce et l’autre salée, qui se côtoient sans se mélanger ? L’eau douce de la douche serait donc issue d’une source d’eau douce jaillissant sous la mer ? Ou bien s’agirait-il d’une douche d’eau salée (voilà venir une nouvelle vague d’images) prise à l’intérieur d’un lac ou de tout autre étendue d’eau douce ?

À trop évoquer les images, on perd de vue la réalité que ces images sont censées évoquer et on se fait de nouveau happer par le monde virtuel et irréel qu’on se vantait quelques minutes auparavant d’avoir réussi à fuir, ne serait-ce que quelques minutes…

Alors on regarde le ciel étoilé, on écoute le silence qui enveloppe la terrasse cette nuit, en cette heure si tardive qu’on n’est plus à une heure près… et on retrouve le calme, le calme à la surface et celui des profondeurs. Une douche au calme, à l’intérieur des profondeurs d’une étendue d’eau tout ce qu’il y a de plus apaisante…

La fin du texte est proche, la sortie a fini par être découverte, la solution de l’énigme a fuité depuis les cercles de conception des réalités à affronter ou non.

Il n’y a plus rien de secret, c’est bel et bien le problème de notre époque, du moins c’en est UN DES… pendants…

Le secret, voilà le genre de mots qui n’a même pas besoin d’acolyte pour provoquer des ondes en série. Douche n’est pas assez surprenant, intérieure est trop imprécis mais la combinaison « douche intérieure » produit à peu près le même effet que le seul mot « secret », qui nous renvoie tous à nos douches intérieures, secrètes, prises sous la surface du mot « secret », là où le langage ne sert plus qu’à suggérer plutôt qu’à montrer, tout incapable qu’il est à reconnaître son impuissance à tout partager…

On le fait pour partager avant tout…

Partager l’eau qui coule du robinet de la terrasse parce que sur la terrasse, l’eau ne coule que la nuit. En journée, les robinets sont secs. Alors on remplit les seaux et le silence n’est plus, supplanté par le bruit de l’eau qui coule.

L’eau coule dans l’eau, l’encre électronique coule sur l’écran, deux reflets d’une eau intérieure qui coule à l’intérieur d’une étendue d’eau intérieure… Ca fait un sacré paquet de mots éligibles au titre-nom-résumé du texte, ça…

Mais dans le fond, tout est lié, c’est fluide, clair comme de l’eau de roche, ça coule de source, allez on fait tous les jeux de mots bien pourris avec l’eau comme ça c’est réglé ?

Tout est lié, d’ailleurs le réservoir d’eau, sorte d’énorme poubelle noire, est bientôt pleine… Non, toujours pas… mais c’est bizarre, ça fait quand même un certain temps que l’eau coule… mais nan !!! voilà pourquoi ça met dix ans à se remplir : la poubelle est percée, l’eau fuit du réservoir en même temps qu’il se remplit…!!!

Alors on remplit des bidons de 10 litres et on médite sur le fait qu’il ne suffit pas que l’eau coule… du robinet, de la source, de la douche ou de l’étendue d’eau, extérieure ou intérieure…

Encore faut-il en faire bon usage…

Surtout si le réservoir qui la réceptionne est percé…

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On avait dit…

On avait dit qu’on se verrait. On avait dit qu’on les ferait, ces vacances dont on avait parlé, cette fameuse soirée où on avait dit qu’on était enfin libres et où on avait enfin réussi à pas juste se dire qu’on se verrait…

La vie nous prend et nous fait voltiger dans toutes les directions, même pas le temps de prouver qu’on était vraiment sincères la fois où on s’est juré que cette fois-ci, on laisserait rien se mettre entre nous… Pourtant Dieu sait qu’on était sincère…

On avait dit qu’on s’appellerait pourtant… Comment ça se fait qu’on se parle si rarement au téléphone ? On se manque alors qu’on se manque, et on se manque tellement qu’on se manque encore plus…

On avait dit qu’on irait au bout de ce projet… On avait dit qu’on laisserait pas les paroles s’en aller dans le vide, agiter les ailes d’on ne sait quel papillon dont l’effet provoquerait on ne sait quel tsunami… On avait dit qu’on se donnerait des échéances, qu’on se fixerait des délais à respecter, qu’on se repartirait les tâches…

On avait dit qu’on se remettrait sérieusement au sport, qu’on en pouvait plus de se sentir lourd comme ça, de s’essouffler à chaque fois qu’on tape une pointe, de sentir son dos en compote un matin sur deux alors qu’on vient juste de passer la trentaine…

On avait dit qu’on se verrait. On avait dit qu’on se prendrait une heure, qu’on ferait le point sur nos vies depuis le temps, qu’on se raconterait nos galères et nos dernières barres de rire.

On avait dit qu’on se ferait ce restau pour parler de ce dont on a jamais le temps de se parler par texto ni quand on se voit tous ensemble, pour un anniversaire ou autre…

On avait dit qu’on passerait vous voir la prochaine fois qu’on passerait vers chez vous mais la dernière fois c’était impossible, à peu près pour les mêmes raisons que la dernière fois que vous êtes venus vers chez nous…

On avait dit qu’on vous recevrait comme il se doit, c’est noté, on n’a pas oublié, c’est juste que la vie nous prend et nous secoue comme une machine à laver ou comme une vague en rouleau, un rouleau de vague, putain comment on dit ? Ca fait combien de temps qu’on s’est pas fait retourner par une vague ?…

On avait dit qu’on irait visiter tel et tel pays, on avait dit qu’on irait voir de nos propres yeux ces lieux qu’on a vus l’autre fois à la télé…

On avait dit qu’on se verrait… Mais voilà, on a tous chacun cinquante mille trucs à faire, le taf, la famille, le quotidien, cinquante mille projets sur le feu, cinquante mille personnes à voir, cinquante mille astuces à trouver pour ENFIN mettre quelques sous de côté et arrêter de flipper de se retrouver sans rien un jour ou l’autre, cinquante mille lieux à visiter, cinquante mille anecdotes à raconter et chaque jour, Dieu sait qu’on y pense…

On pense à ce qu’on avait dit… C’est juste que…

Voler…

On grandit avec une prison dans la tête. On se fixe des limites, des gens à surtout pas fréquenter, des endroits où faut surtout pas traîner, des musiques à pas écouter, des films à pas voir, des pays à pas visiter, des boufs a pas manger…

On se forge une identité comme ça, on se sent appartenir à un groupe, à un territoire, les plus restreints possibles pour pas prendre trop de risques…

On fait bien des excursions, des sorties, des voyages mais où qu’on aille on a les mêmes repères, les mêmes principes, les mêmes habitudes dans lesquels on se sent à la fois à l’aise et à l’étroit…

Et quand on sort et qu’on voit autre chose, on se moque, on ridiculise et on méprise par peur de changer, de se trahir alors qu’on se connaît pratiquement pas…

On est tous différents mais on garde chacun pour soi ses rêves, ses passions secrètes par peur de passer de l’autre côté de la frontière, de faire cet aller sans retour qui nous transformerait en renégat, du moins c’est ce qu’on imagine…

Et puis un jour il se passe un truc inattendu, on se retrouve seul dans un monde carrément différent et on rencontre d’autres gens, d’autres regards, d’autres goûts, d’autres évidences et d’autres interdictions…

Alors les murs de la prison volent en éclat mais on n’a jamais vécu ça, on n’a jamais goûté à la liberté alors on en fait n’importe quoi, on la confond avec l’absence de conséquences aux actes qu’on pose sans même s’en rendre compte…

Alors on se transforme mais ça va trop vite, plus personne ne nous reconnaît, on ne sait plus où on en est, le chemin n’est plus indiqué, on est au pied de cinquante mille panneaux de signalisation qui indiquent tous des directions différentes…

Alors on prend peur, on attrape froid dans cette absence de cocon, on n’a pas appris à voler, personne ne nous a prévenu comment utiliser ces ailes qui nous grattent le dos et nous gênent quand on enfile notre pensée uniforme…

Alors on veut couper ces ailes dont on voit pas l’intérêt, on se sent gauche, maladroit, un gros tebê, on a oublié tout ce qu’on savait à force de lire le monde à travers des grilles de lecture aux antipodes les unes des autres…

Alors on demande qu’à retourner en prison, là où on a grandi, là où on s’est construit, ce carcan qui nous oppressait autant qu’il nous protégeait, parce qu’à l’air libre on n’est tellement pas habitué qu’on a l’impression d’étouffer et de vivre que l’oppression sans le confort de la routine…

On en a marre de plus ressembler à personne tellement on est unique, c’est pesant de se retrouver entouré de gens qui ont chacun des ailes de tailles et de couleurs différentes et qui non seulement savent voler (ou font tellement bien semblant que ça fait illusion) mais en plus volent tous dans des sens différents…

Au pied de la falaise, on sait bien pourtant qu’on est destiné à partir et à déployer toute son envergure un jour où l’autre, mais on est bouffé par toutes ces remarques qu’on a reçues étant gamin, adolescent ou jeune adulte, ces réflexions, ces moqueries ou pire, ces marques d’indifférence qui nous ont giflées au moment où on essayait justement de prendre notre élan pour esquisser nos premières envolées…

Alors voilà, on traîne nos ailes plus lourdes que jamais et elles s’usent à force de frotter le sol, on les connaît par cœur les barreaux de la cage, on a qu’une envie c’est de profiter d’un moment d’inattention général, d’un malentendu, d’un impondérable pour rejoindre ce ciel qu’on a fait qu’entrapercevoir à travers toute sa chienne de vue…

Et un jour, sans même s’en apercevoir, ça y est, on y est, on s’envole, on part, on plane, on parcourt toutes les routes aériennes qu’on devinait et même celles qu’on aurait jamais pu soupçonner tellement elles étaient à des années-lumière de la lumière à laquelle on avait toujours été habitué jusque là…

Mais on peut pas voler indéfiniment, arrive toujours un moment où on doit se poser, reprendre son souffle, des forces, la confiance nécessaire aussi pour repartir explorer l’univers et ses confins…

Et voilà, le seul endroit qu’on connaisse vraiment c’est la cage qui nous a empêché de voler tout ce temps, alors même si on sait que ce sera super difficile de repartir, on y retourne, on y retrouve nos vieilles habitudes, celles qu’on s’était juré de laisser de côté pour toujours…

Mais quand on revient après un voyage dans le ciel, on se rend compte que c’est plus tout à fait la même cage qu’avant, elle paraît vachement plus petite et moins difficile à quitter, à force de s’en arracher…

Alors on revient dans la cage avec de moins en moins de lourdeur dans le cœur au fil des excursions, on apprend même à apprécier tout ce qui nous oppressait avant, quand notre seul besoin c’était de partir, d’aller respirer un autre air et côtoyer d’autres nuages…

Et on se rend compte à force que c’était même pas une cage en fait, c’était pas une prison, juste nos peurs, nos doutes, nos manquements… toutes ces petites choses qui nous obligent à revenir nous poser ici, à reprendre des forces, avant de…

Te montrer

Plus t’avances, plus t’acceptes, plus t’assumes aussi. Tout le monde a ses parts d’ombre et de génie, et depuis que t’as pris conscience que ni l’une ni l’autre ne t’appartiennent, tu t’efforces de faire avec l’une et de te montrer digne de l’autre.

Te montrer… décidément, dans la société y a que ça qu’on attend de toi, et pour cause : sans regard de l’autre y a plus de société… mais c’est quand même fatiguant de jouer le jeu en permanence…

T’as souvent envie de te retrouver sans maquillage sur la face, sans masque, sans filtre, sans sous-entendu possible parce que y a que toi qui parles donc tu sais exactement là où tu veux en venir…

Les impératifs du taf, les échéances qui se rapprochent, le quotidien à gérer, les questions toujours sans réponse que tu traines depuis que t’as l’âge de te les poser, les frustrations liées aux milliards de projets que t’as jamais pu faire aboutir tellement chaque jour tu penses avoir enfin trouvé LE projet, le chantier de ta vie…

Tout ça parfois ça fait beaucoup pour une seule caboche, un seul cerveau, et t’as besoin de vider le vase avant la fameuse goutte d’eau de trop…

Du coup t’as tes échappatoires et tu t’y engouffres dès que possible, même si y a des jours où y a vraiment pas moyen, pas moyen, pas moyen, comme dans la chanson à l’ancienne…

Donc forcément dès que tu trouves l’occasion de tout lâcher, y a 100 000 trucs qui se précipitent à ta porte de sortie, un peu comme les narvalos qui attendent comme des poneys à la porte d’entrée de leur magasin préféré le premier jour des soldes ou un de ces fameux soi-disant jour-où-vraiment-là-ça-vaut-le-déplacement-à-ce-qui-paraît…

Ça se bouscule à la sortie et tu peux pas tout lâcher d’un coup parce que y a juste pas moyen, pas moyen, pas moyen alors tu fais au mieux pour au moins lâcher le plus gros.

T’as besoin de courir, de crier, de taper dans un sac, d’écrire ou de te confier mais en tout cas faut que tu fasses sortir tout ce qui t’empêche d’arrêter de cogiter…

Rien que tu stagnes sur des détails qui restent des heures entières dans ta tête alors que non seulement ça va rien t’apporter de trouver LA solution mais en plus, même si tu la trouvais ça changerait rien puisque c’est passé, c’est fini, tout le monde est passé à autre chose depuis bien longtemps et y a que toi qui reste bloqué comme ça sur ça…

Rien que tu fais des scénarii de dingue dans ta tête, avec des si et des un jour, des situations où tout se passera comme tu l’imaginais quand tu te figurais une façon soi-disant meilleure de vivre…

Rien que tu fais du surplace, et en même temps tu te retrouves parfois quasiment au même moment au sommet des sommets et au fond du trou, au cœur de l’orgueil démesuré et en pleine crise de confiance…

T’es vulnérable, comme tout le monde sans doute, mais faut surtout pas le montrer hein, faut que les autres te voient comme quelqu’un de parfait, sans faille, sans honte, sans dossier, pour être intouchable, inattaquable, protégé…

Mais c’est trop tard, t’es cramé depuis trop longtemps pour espérer retrouver ne serait-ce qu’un milliardième de crédibilité aux yeux des autres, et en même temps tu l’attends de pied ferme, celui ou celle qui se permettra de venir fouiner dans tes affaires comme si lui ou elle était irréprochable…

Ah c’est dur de jouer le jeu parfois… Ca t’a toujours saoulé, les classements, les rapports de force, la course à qui aura le premier le pot de Nutella en promo, les regards méprisants de celles et ceux qui attendent, pour te respecter, que tu leur montres que tu les bouffes tout cru dans tous les domaines où ils ou elles s’imaginaient pouvoir te mettre en difficulté…

Cette espèce de considération que tu dois mériter en permanence, ces espèces de preuves que tu dois sans cesse fournir que tu fais bel et bien partie du même monde, que c’est bon, ils ou elles peuvent s’exprimer comme ils ou elles le sentent sans ressentir le besoin de s’adapter à toi…

Et en même temps tu te sais parfaitement capable de lancer ce même genre de regard condescendant, volontairement ou même pas d’ailleurs, ou encore pire, de lancer un regard qui te paraîtra tout ce qu’y a de plus normal mais qui semblera méprisant, hautain, sacrément gonflé à celui ou celle qui le recevra…

Pas plus tard qu’hier ça t’es arrivé : c’était pas un regard, c’étaient des mots mais ça revient au même dans le fond. Il a mal pris ce que t’as dit alors que t’étais à mille lieues d’imaginer qu’il puisse (mal) prendre personnellement ce qui te semblait au contraire utile pour lui… Mais c’est peut-être justement ça, la condescendance : se croire utile à l’autre quand l’autre n’a jamais attendu ton aide, vouloir conseiller ou soutenir quelqu’un qui s’en bat les reins de tes conseils ou de ton soutien…

Mais en même temps tu peux pas passer ta vie à t’excuser de choses que t’as faites malgré toi… Tout ce que tu peux faire c’est essayer de pas refaire la même erreur, d’être plus vigilant, prudent les prochaines fois, de tenir ta langue aussi putain ! Qui t’a demandé de l’ouvrir en permanence comme ça comme si t’étais un superhéros ??? Reste tranquille wesh, quand tu vas aux toilettes ça pue grave et quand tu dors tu ronfles alors pourquoi tu viens faire le sauveur ici ?!!!

Contente-toi de fermer tes chicots dès que te prend l’envie de réagir à tort et à travers et peut-être que tu seras moins amené à cogiter pour rien à l’avenir…

Enfin, tu dis ça, tu dis rien hein…

Partagé

T’es partagé entre ta fascination pour ceux qui sont pas comme toi et l’image, plus ou moins facile à accepter, de celui ou celle que tu vois dans le miroir.

T’as toujours été fasciné par les gens qui restent calmes, qui ont l’air de ne jamais avoir connu la colère ni reçu de coups, les gens légers comme des plumes qui te donnent à la fois envie de devenir comme eux et de les gifler bien comme il faut, tellement t’as l’impression qu’ils connaissent rien à la vie…

Et en même temps, t’as toujours été fasciné aussi par les mecs qui ont l’air d’avoir jamais connu la douceur tellement juste leur regard te fait mal, le genre de gens qui ont pas besoin de parler pour se faire comprendre tellement ils en imposent… Et en même temps t’es triste pour eux et t’aimerais pas avoir leur vie parce que leur attitude pue la souffrance…

Bref t’es ni un dur à cuir ni une crème pâtissière. Tu sais qu’autour de toi y en a qui te voient comme un nerveux et d’autres comme un gars peaceful… Tu luttes à la fois contre ta tendance à te faire dépasser par ta propre colère et la naïveté arrogante qui te rend beaucoup trop gentil…

Tu luttes contre les deux tendances en même temps et tu sens que ça tire à la fois dans un sens et dans l’autre, t’es écartelé de l’intérieur. Ca tire grave, en mode dry-by de pulsions et d’émotions.

Tu sens qu’au fond, tout au fond, y a une bête féroce qu’il faut pas aller chercher tellement elle a les crocs, comme si ça faisait 600 ans qu’elle attendait la graille… Tu sais qu’elle s’est beaucoup nourrie de frustrations, cette bête et que tout ce qu’elle attend, c’est de la chair fraîche…

Et en même temps y a un oiseau super beau, super fragile, avec des plumes incroyables de splendeur, qui demande qu’à s’envoler parce que ça fait presque 600 ans qu’il est enfermé dans une cage… Lui, t’as qu’une envie c’est de le libérer mais en même temps, t’as peur qu’il t’échappe, qu’il s’envole pour toujours et que tu puisses plus jamais apercevoir son plumage…

T’es traversé par cette double tentation, pratiquement en permanence : la bestialité et l’appel du cosmos…

Dans ces conditions, c’est pas toujours évident de cheminer sans même réellement savoir où tu vas ni si t’es bien sur la route qui mène là où tu rêves d’aller…

En fait t’as l’impression d’être sur plein de routes en même temps, c’est super bizarre. L’une va là-bas, l’autre carrément dans l’autre sens, l’autre encore à la perpendiculaire et c’est comme si t’essayais d’avancer chaque jour un peu plus dans tous les sens.

Du coup, rien que tu fais des va-et-vient, rien que tu recules, rien que tu repasses par là où t’es déjà passé mille fois, rien que tu fais du surplace aussi parfois, quand t’es comme sur un rond-point à essayer de te souvenir où t’étais censé aller à la base quand t’es sorti…

Ici tu détruis la maison que t’es en train de construire, là tu répares une fuite avec des outils pour percer les tuyaux, là-bas tu fais pousser des plantes que t’arracheras dans quelques temps parce que t’as changé d’avis, d’humeur ou de métier…

T’es instable, tu tiens pas en place, tu passes ton temps à te demander ce que tu fais, si tu fais bien ce que tu fais, si tu fais bien de faire ce que tu fais, si tu le fais bel et bien parce que t’as envie ou juste parce que tu dois le faire, et en fonction de la réponse que tu te donnes à toi-même tu balances entre l’impression de construire un étage supplémentaire à la villa de ta personnalité et celle de creuser un trou dégueulasse en plein milieu du salon…

Enfin bref…

Ca ira !

Ça ira, c’est juste temporaire, comme tout ce que t’as traversé jusqu’ici.

Souviens-toi des pires moments de ta vie et dis-toi que t’as supporté l’insupportable, même si t’y croyais pas à l’époque.

Souviens-toi des meilleurs aussi et dis-toi que t’as fini par quitter ces lieux dans lesquels t’aurais aimé rester indéfiniment.

Tout passe, tout change, ça sert à rien de t’accrocher, même si c’est plus facile à savoir qu’à savoir faire…

En ce moment tu te sens comme une goutte d’eau dans l’huile, une goutte d’huile dans l’eau, bref un genre de mélange de ketchup et de moutarde.

Sensation chelou, dans l’antre de l’entre-deux comme souvent…

Un pied dans l’expérience et un dans l’intuition. Un dans le savoir et un dans l’ignorance. Un dans le désir et un dans le détachement.

Rien que tu marches à cloche-pied mais jamais avec le même, à croire que t’en as cinquante.

À force de prendre sur toi et d’arrêter de chercher dehors ce qui se trouve à l’intérieur, tu te rends comptes que t’es sujet aux 7 péchés capitaux et à tous les vices comme n’importe quel boug, même si beaucoup de mythos font illusion sur Facebook ou ailleurs, avec plus ou moins de réussite.

T’as vu des choses atroces en toi, tu t’es dégoûté toi-même et en même temps tes propres qualités te surprennent parfois.

T’as cessé de courir après les gens : ils te négligent, qu’ils gardent la pêche. Ils reviendront d’eux-mêmes en temps voulu. Ou pas d’ailleurs, et tant mieux.

Le monde est vaste, et quand tu penses que c’est qu’une infime partie de l’univers, ça te soulage… alors tu regardes souvent le ciel, les astres, les nuages, les oiseaux, les avions… T’as besoin de ça.

Il reste tellement de trucs inavoués, à défaut d’être inavouables… mais la vie est longue, et t’aimes trop la vie pour être attaché à ce monde.

Parfois tu chantes

Parfois des bouffées de souvenirs frais reviennent et ça te fout un coup.

Parfois les humeurs changent d’un coup autour de toi sans que tu saches ce qui se passe ni ce que t’as bien pu faire pour mériter ça.

Parfois t’essaies juste de résister et de te cramponner le temps que la tempête passe.

Parfois la solitude t’attrape et te ronge…

Parfois tu prends des bonnes résolutions mais elles tombent à l’eau avant même que t’aies pu tenter de les mettre en pratique.

Parfois tu souffres en silence parce que t’as trop parlé et que les mots ne veulent plus rien dire.

Parfois tu vois les limites des plaintes et des critiques et tu jures que désormais tu te contenteras d’agir au lieu de l’ouvrir à tort et à travers.

Parfois t’as besoin de vider ton sac mais y a pas de sol en-dessous pour réceptionner ce qu’il contient.

Parfois tu te sens orgueilleux, parfois tu te sens insignifiant.

Parfois tu prends confiance en toi et tu fais des plans sur la comète et tu vas jusqu’à construire la fusée à mains nues mais au moment de décoller, t’as juste la flemme.

Parfois tu te forces à pas rester bloqué sur une idée, un désir, un souvenir, et quand les bouffées de souvenirs frais remontent et t’empêchent de respirer tellement ta poitrine se comprime, tu te réfugies tout au fond du carton au fond de l’armoire du fond de la salle au fond de toi… et tu pries… en attendant que le climat te permette à nouveau de sortir.

Nikomouk la morosité, t’as plus le temps de te laisser bouffer, trop de choses à vivre, trop de consonnes à consommer, trop de sourires à soutirer.

Alors tu chantes.