Dans le feu

Tu marches en marge du monde, t’as jamais été à la mode, t’aimes pas trop commenter l’actualité même si bien sûr, tu suis ce qui se passe et ce qui se dit par ci par là.

T’en as marre de débattre pour débattre, t’en as plus rien à foutre d’avoir raison depuis que t’as remarqué que chacun voit midi à sa perte.

T’es dans le feu toute la journée, dans le feu de l’action, dans le feu de la foi, dans le feu de l’aspiration à être juste un tout petit peu plus qu’un bout de viande qui finira bien tôt ou tard par atteindre sa date de péremption…

T’es dans le feu et t’essaies de pas te brûler, de pas flamber, juste de bénéficier de sa chaleur intense, de sa lumière éclatante, de sa force insolente, indomptable.

T’es dans le feu et tu vises les jardins d’eau douce nichés au cœur de la fraîcheur des flammes, celles-là même auxquelles Abraham, Ibrahim ‘aleyhi salam a survécu…

T’es on fire, just like the roof… la musique t’aide à comprendre que tout ne se dit pas, que certaines choses incompréhensibles pour la raison passent bel et bien d’un esprit à un autre ou de l’air naturellement mystique aux esprits qui l’écoutent attentivement…

T’es dans le feu sacré, sacrément désireux d’y consacrer ta vie tellement ça te brûle le cœur quand la paix te quitte…

Tout ce que tu veux c’est la paix, mais pas le renoncement écœuré ni le fatalisme lâche ni la tête dans le sable ni le cynisme égoïste pour autant.

Tu veux la paix dans le respect réciproque, la paix des nuages qui se laissent pousser par le vent, la tête dans les nuages même si tu restes conscient que sur terre l’ouragan fait plus de dégâts chez les pauvres que chez les blindés…

Y a de la beauté partout en vrai, faut juste la capter. Mais quand tu parles de beauté juste après une catastrophe naturelle, ça sonne faux hein…

Ah…

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Résistance

Tu sens bien qu’à l’intérieur de l’intérieur y a tout ce qu’il faut pour assurer ta tranquillité.

Tu sais bien que le silence des profondeurs est mille fois plus sain pour toi que le bruit assourdissant des mouettes et pourtant, tu peux pas t’empêcher d’aller te laisser séduire par le chant des sirènes, d’aller te jeter bêtement dans la gueule du loup…

Les choses sont pourtant simples : reste proche de ce qui te semble indiscutable et écarte-toi des zones d’ombres et des paillettes.

La lumière du jour est plus saine que celle de l’ampoule, l’eau de source est meilleure pour toi que le Coca. Pourtant tu délaisses les grâces pour courir après les cochonneries hein, tu peux pas t’en empêcher…

P’t’être bien qu’un jour t’auras le cran de dire adieu à tout ça et de te contenter de peu, de mener une vie aussi simple extérieurement qu’intérieurement…

Ou p’t’être que tu continueras à résister tant que tu peux, à faire un maximum de place à ton désert intérieur au beau milieu de ce supermarché géant, ce champ de bataille, ce jeu de dupe, ce plateau télé qu’on appelle la société…

En attendant tu regardes le chemin parcouru et t’es pas peu fier : plus t’avances, moins tu stresses, plus tu décompresses… Et en même temps quand tu regardes le chemin qu’il te reste à parcourir bah… tu redescends sur terre !

Entre tes principes et ta fidélité à ces principes, entre tes obligations et ton respect de ces obligations, entre les contraintes qu’on te fixe et ta capacité à t’en libérer ou t’en accommoder, y a un sacré fossé…

Y a du taf, ça demande de la constance, de la patience, de la détermination, de la lucidité, de la positivité bref une série de valeurs belles à lire, faciles à écrire…

Ah frère… sœur… t’es pas sorti(e) de l’auberge hein… et quand t’y penses, t’aurais p’t’être même pas dû y entrer en vrai… Mais t’y es… donc voilà, tu fais avec ce que t’as, tu cuisines les restes quand t’as pas de produits frais et tu te fais un p’tit kif de temps en temps…

Le monde est sale autour de toi… regarde le nombre de gens qui se font massacrer… violenter… violer… comment tu veux trouver la paix dans ce monde en guerre civile permanente ?

Ah cousin… cousine… Tu résistes comme tu peux, tu t’abreuves de calme dès que possible mais c’est speed autour de toi et t’es pris dans le torrent, dans la tourmente… T’essaies juste d’éviter les tourments, de gérer les tournants… et quand tout r’monte d’un coup… tu freines un coup…

Ah poto… sista…

Quête d’absolu

Tu sens palpiter en toi ce truc fort, cette quête d’absolu. Difficile à décrire, ce feeling. Le cœur bat vite pourtant tout est calme autour…

T’as rien de précis en tête, t’es ni stressé ni inquiet pourtant ça tambourine à l’intérieur. Tu sais pas pourquoi mais tu cherches pas à savoir. Tu cherches moins à savoir, ces derniers temps… t’as assez fouiné comme ça.

T’as toujours des idées, des envies, des projets mais t’es moins pressé. T’as appris à laisser les choses se faire d’elles-mêmes, à laisser le fil, le film se dérouler.

Ca fait du bien de prendre du recul, de s’abandonner un peu, d’abandonner les vieux réflexes qui te crispaient le cerveau des heures durant.

Tu laisses venir, tu t’accroches moins à la surface, tu sais que les vagues sont faites pour s’échouer… Tu te mets moins la pression, tu cherches moins à impressionner, à prouver je ne sais quoi à je ne sais qui.

Les records, les palmarès, les tableaux de chasse, ça te dit plus trop rien. Bon, y a toujours des moments où ton ego te fatigue hein, où il te presse de « performer », de « progresser », de « réussir »… et puis ça te saoule au final, tu sais ce que ça implique en termes d’inconfort psychologique de toujours vouloir paraître au top…

Alors nique sa race le succès, c’est pas la gloire qui t’apportera la paix. Tu préfères mille fois rester tranquille que t’agiter comme une puce pour un objectif même pas clair. T’en as assez de courir, de faire la course sans même savoir ce que tu vises au juste.

Tu cherches plus à précipiter les choses, tu ralentis la cadence, et même si t’es bien conscient que l’apaisement ça paye pas, que les gens veulent de l’action, du drame, de la souffrance ou au contraire du rêve, des paillettes, t’en as plus rien à foutre dans le fond.

Ton but c’est pas de paraître mais d’être bien.

Avec les tiens

La vie est belle, t’es avec les tiens… confortablement accompagné, savoureusement entouré. Même le silence s’anime.

Pas besoin de FAIRE quelque chose, de SAVOIR quoi dire ni de PRÉVOIR quoi que ce soit, ils sont là, t’es là, vous êtes bien… ça te suffit.

Il se passe pas grand-chose pourtant tu sens que vous êtes en train de fabriquer des souvenirs, de marquer ta mémoire, de façonner ta future nostalgie.

Certains d’entre eux ont toujours été là, d’autres ont débarqué un beau jour et te sont devenus encore plus essentiels qu’un bon café le matin.

Quels qu’il soient, ils te constituent, te renforcent, te tiennent debout. Tu leur dis pas toujours à quel point tu tiens à eux… en fait tu le dis à certains plus qu’à d’autres… mais peu importe au final, y a pas que les mots, pas vrai ?

Tu les aimes sans même avoir besoin d’expliquer pourquoi, c’est comme ça, encore plus évident qu’un bon café après le déjeuner.

T’es avec les tiens et t’en profites à fond… Tu sais qu’à tout moment, le sort peut t’arracher à leur compagnie.

A force de vivre, de voir les amours se faire et se défaire, de rencontrer des gens qui ont tout perdu du jour au lendemain, t’as appris à donner de l’importance à ces petits moments privilégiés.

Une bonne discussion sur un bout de trottoir, un week-end en famille, un repas entre amis, tout est bon à prendre. La vie est trop courte pour se focaliser sur des broutilles qui gâchent en quelques secondes des décennies de fous rires et de paroles sincères.

La vie est belle, t’es avec les tiens… et à ce moment précis, y a que ça qui compte. Et même si c’est aussi éphémère que la chaleur qui se dégage du café que tu savoures avec eux, tu t’accroches à l’illusion que toute ta vie sera aussi douce, simple et authentique que cet instant sacré.

Ne serait-ce que le temps d’un bon café…

Ta colère…

Quand la colère est là, t’arrives pas à te contrôler.

Tu sais que tu dois pas la laisser éclater, tu penses toujours pouvoir gérer, d’ailleurs tu gères… jusqu’à ce qu’elle te saute à la gorge comme un chien enragé.

Tu dis, tu fais des choses que tu regrettes l’instant qui suit, juste après la demi-seconde où t’es dit que c’était bien fait pour la personne (ou la chose) sur laquelle tu viens de passer tes nerfs !

Tu sais bien que t’es ridicule quand t’es énervé… d’ailleurs tu rigoles de toi-même parfois, tellement t’es pitoyable. En fait, dans ces moments-là tu te déçois tellement que ça t’énerve de t’énerver !

Cycle infernal…

Avec le temps tu commences à te connaître mais t’as encore du mal avec la colère. T’y arrives pas, elle est plus forte que toi…

Tu sais pas d’où elle arrive ni où elle part une fois qu’elle te quitte mais quand elle est là, elle prend trop de place, elle t’envahit, elle déborde de ton corps même…

T’essaies de l’éviter, de lui mettre des plans mais elle revient toujours roder autour de toi, comme un mec un peu lourd que t’esquives mais qui te retrouves à chaque fois, comme s’il t’avait collé une puce en scred pour te géo-localiser…

Le pire c’est que tu peux même pas plaider l’effet de surprise : la plupart du temps, tu la vois arriver de loinnnnn, elle monte pro-gres-si-ve-ment…

Et surtout, tu t’énerves toujours plus ou moins pour les mêmes choses… Telle situation que tu supportes pas se répète x fois d’affilée ou alors t’as simplement PEUR qu’elle se présente, tu penses au pire et c’est ton imagination qui te joue des tours.

Souvent c’est ça qui te rend ouf. T’es dans une situation où tu sens arriver la dinguerie donc t’essaies de prendre les devants, d’anticiper le moment où la colère va monter pour évacuer l’air d’aaaaavance, prendre du recul, prendre le truc avec légèreté mais à un moment donné ça bugge… à force de vouloir anticiper, tout ce que t’anticipes c’est la dinguerie qui risque d’arriver du coup tu flippes et… d’un coup tu pètes un plomb.

En vérité, c’est à ce moment précis qu’il faut bouger, sortir, souffler, décompresser, courir bref ÉVACUER, d’ailleurs t’y arrives parfois… et t’es fier de toi dans ces moments-là hein… mais la plupart du temps c’est trop tard, t’as déjà la tête dans le guidon, prêt à foncer dans le mur !…

Et même quand t’arrives à esquiver la colère, il suffit que la situation se présente encore une fois, juste quelques minutes après, il suffit d’un minuscule moment d’inattention et BIM : tu te la manges en pleine tête et tu te vois en train de glisser, sombrer et puis t’enliser…

Parfois aussi elle arrive comme un réflexe, tu te surprends toi-même à crier pour une connerie, le genre de connerie qui te fait sourire d’habitude, ou au pire respirer un peu plus fort mais sans plus…

Dans ce cas-là tu sens que ça va chercher loin dans ton subconscient, tu saurais même pas expliquer pourquoi t’as réagi au quart de tour, toi-même t’es étonné de ta réaction…

Y a rien de plus chaud que de gérer ta colère on dirait…

Subtil mélange de contrôle et de lâcher-prise…

T’es dedans…

C’est foutu, t’es dedans, que tu le veuilles ou non.

Trop tard pour faire marche arrière. Trop tard pour reculer. Et même si t’effaçais tout, même si tu faisais disparaître toute preuve, ça resterait gravé dans ta mémoire et dans celle de tous ceux qui t’ont côtoyé, de près ou de loin, à l’instant T ou à la période P, ne serait-ce que virtuellement.

T’es dedans, t’es lancé, alors pourquoi pas juste assumer ? T’es incapable de deviner ce qui en ressortira, et même si c’était le cas, même si tu pouvais tout prévoir, tout anticiper, il se pourrait bien que du jour au lendemain tous tes plans s’écroulent, sur un coup du sort, un coup de pute ou un coup de tête… non refoulé.

Et maintenant que tu te rends compte que c’est trop tard pour faire marche arrière, maintenant que tu te remémores tout ce qui t’a amené là, ces concours de circonstances, ces rencontres, ces décisions mûrement réfléchies ou pas le moins du monde… t’es coincé.

T’as qu’une seule option : avancer, porter tous tes défauts, tes petits secrets et tes failles avec toi et tenter que ça rejaillisse le moins possible sur ton quotidien à venir, même si tu restes parfaitement conscient que tout reste possible, justement.

Ca se passera forcément mal ET bien à l’avenir, y a pas de clash entre le bien et le mal dans le fond, ils vont ensemble comme la saleté et la puissance créatrice d’une goutte de sperme. T’es dedans, t’es coincé et c’est pas plus mal. Ca te donne un cadre, une ligne de mire, une direction, une seule, toujours la même : droit devant.

Même quand tu passes ton temps la tête dans les souvenirs, t’avances : ils ont jamais exactement le même parfum, y a toujours un nouveau détail qui te titille plus que les autres, plus que les autres fois où t’as rêvé les yeux ouverts. Toutes ces fois où t’as semé le doute dans l’esprit des gens qui t’entouraient, ces gens qui se demandaient où t’étais parti d’un seul coup, dans quelle sphère, dans quelle direction…

Pourtant c’est toujours le même cycle qui suit son cours : satisfaction, désir, frustration, apaisement, satisfaction, désir, frustration, apaisement, satisfaction… Toujours le même message, décliné en une infinité de lettres d’amour amer… Quelques bulles de silence sauvées du vacarme permanent, quelques havres préservés de la routine…

Toujours la même occasion de te poser un instant, de mettre cette parenthèse à profit ou au contraire de faire mentir toutes les belles promesses que tu t’étais faites au moment où ta lucidité était la plus forte…

Tu vis et revis les mêmes phases de culpabilisation et de disculpation, de doute et de certitude, avec toujours ce qu’il faut de faiblesses et de faux-pas pour t’empêcher de te la raconter, pour bien te rappeler que la vérité est toujours plus sale que ce que tu veux bien en laisser transparaître…

C’est dur hein… mais t’as pas le choix, c’est plus fort que toi… T’essaies de maîtriser le truc mais c’est le truc qui te maîtrise, en vrai…

C’est foutu, t’es dedans…

La vie t’éloigne…

La vie t’éloigne de gens que tu croyais avec toi pour la vie… ça te prend aux tripes parfois…

Pour certains, tu les reconnais plus, ils te reconnaissent plus bref vous avez pris des routes différentes, chacun a évolué de son côté et votre complicité… plus qu’un lointain souvenir que t’essaies de raviver, parfois… en vain…

Pour d’autres, c’est exactement comme avant… quand vous vous voyez ! Et justement, vous vous voyez plus trop parce que chacun a son taf, sa vie de famille, ses soucis du quotidien, son calendrier… Rajoute à ça la distance pour certains et voilà… vous pouvez plus vous voir aussi fréquemment que vous voudriez…

Mais aujourd’hui il s’est passé un truc encore plus bizarre. T’as recroisé un gars que tu fréquentais souvent y a une quinzaine d’années et vous avez parlé d’un autre pote que vous aviez en commun et qui a complètement disparu de la circulation depuis… Du jour au lendemain, il était parti, sans donner de nouvelles.

Ca te fait grave plaisir de le revoir. Il te dit qu’il a plus de nouvelles de l’autre, qu’il sait même pas où il habite maintenant alors qu’à l’époque c’était son meilleur pote…

Bref vous enchaînez sur d’autres sujets, vous vous dites à la prochaine, tu retournes à ta caisse et au moment de démarrer, tu vois qui ??? Le mec dont vous venez juste de parler !!!

Ca fait plus de six ans que tu l’as pas vu donc ça te fait plaisir, tu l’appelles, tu cries son nom mais il se retourne pas. Alors tu te dis qu’il t’a pas entendu, tu démarres, t’avances jusqu’à être à son niveau et tu l’appelles encore. Ya juste la route qui vous sépare donc techniquement il t’entend très bien mais là encore, il répond pas, même pas un regard… Alors de deux choses l’une : soit il fait semblant de pas t’entendre, soit il est tellement mal qu’il répond même plus quand on l’appelle… Dans les deux cas, ça te fout un coup…

T’es plus triste pour lui qu’autre chose mais t’insistes pas, tu traces, avec quand même un goût sacrément amer dans la bouche… Ca te tracasse une partie du trajet et puis au bout d’un moment tu te dis que la vie est longue, et t’espères qu’un de ces jours vous vous retrouverez pour de bon et vous en rigolerez… Un peu comme avec tous ces amis que tu vois plus que dans tes souvenirs…

La vie t’éloigne de gens que tu croyais avec toi pour la vie… ça te prend aux tripes parfois…