La portée maximale d’un regard avide de vérité…

Croire à l’invisible, ce n’est pas s’imaginer que ce qu’on ne voit pas correspond à l’idée étroite qu’on s’en fait à partir du peu de choses qu’on voit. 

C’est plutôt garder sans cesse avec soi la conscience, la crainte, l’espoir que ce n’est pas parce qu’on ne voit pas quelque chose que cette chose n’existe pas, ou n’arrivera pas. 

C’est se souvenir de toutes ces fois où l’imprévisible nous a surpris, où tous nos plans ont échoué, où même notre désespoir s’est retrouvé ébloui par le cours des évènements. 

C’est reconnaître qu’on ne sait pas tout, qu’on ne voit pas tout de cette réalité qu’on tente de découvrir chaque jour un peu plus, cette réalité qu’on sait immensément plus vaste que ce qu’on en aperçoit. 

Prier, c’est chercher l’ouverture vers cette immensité qui nous échappe, c’est aller puiser tout au bout, encore plus loin que l’horizon et encore plus haut que la grandeur, un moyen de se retrouver, de se ressourcer, de sortir de notre finitude. C’est reconnaître ses limites pour mieux les repousser. 

Prier, c’est faire face à sa propre mort comme on se regarde dans la glace le matin, c’est chercher à plonger le plus profondément possible en-dessous des vagues d’idées qui ne cessent de s’échouer à la surface de notre intériorité. 

Poser son front au sol pendant la prière, c’est faire acte d’humilité, c’est se souvenir que nous venons de la terre et que nous y retournerons, comme les plantes, comme l’eau, comme nos ancêtres et nos futurs descendants. C’est se souvenir que même les prophètes, même les pharaons, même les mammouths et les dinosaures ont disparu.

Même notre langue maternelle est une ancienne langue étrangère. Est-ce que les bébés du monde ne se comprennent pas entre eux ? La toute première langue est le regard, l’écoute, le langage du cœur. C’est cette langue qu’il s’agit de conserver ou de retrouver à l’âge adulte, lorsque les mots qu’on a appris à répéter fidèlement pour désigner la réalité deviennent des obstacles pour y accéder. 

D’où vient cette lumière qui donne la vue et la vie ? Quelle est la portée maximale d’un regard avide de vérité ? Pourquoi ressentons-nous la présence de quelqu’un qui pense à nous à des milliers de kilomètres ? 

Ah…

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Quartiers de noblesse

Dans le quartier y a des nobles. Des seigneurs. Des chevaliers, comme au Moyen-Âge ou à la Renaissance. Des mecs qui considèrent que leur honneur et leur réputation valent plus cher que leur vie. Des mecs qui manient les armes et les chevaux (sous le capot) avec ou sans permis. Qui refusent de travailler, quitte à manger des pierres ou la gamelle, parce que travailler c’est pour les serfs et les vilains… 

Qui refusent d’obéir à qui que ce soit, qui cherchent toujours à vaincre leurs ennemis, à rester les plus forts. Pas par orgueil mal placé ni par arrogance, juste par fierté, par vaillance, par bravoure. Des soldats, des guerriers, qui vivent par l’épée, et meurent souvent jeunes aussi… Qui se donnent des rendez-vous comme d’autres se provoquaient en duel. Qui respectent aucune loi à part leur propre code moral. Quand ils en ont un… 

Parce que voilà : parmi tous ces aristocrates, y a pas que des gentilshommes. Y a des vrais et des faux nobles. Les vrais nobles, ils utilisent leur force pour protéger, défendre, rendre justice, mieux répartir les richesses aussi. Généralement, ils sont appréciés par tout le monde. Ils respectent les parents, ils conseillent les petits, ils rendent service quand on a besoin d’eux et ils ont toujours des plans incroyables qui sortent de nulle part… 

Alors à force, en retour ils ont des privilèges. Ils gagnent l’estime des voisins et ça devient une forme d’autorité, un genre de pouvoir sous-terrain, la rue commence à leur appartenir. Tout le monde le sait, même si personne l’avoue, parce que tout le monde est un peu noble aussi, dans le fond… Même quand ils vivent d’activités illégales, illicites, tout le monde ferme les yeux parce qu’on sait bien qu’ils font pas n’importe quoi, ils font jamais de mal à qui que ce soit, ils cherchent pas à nuire, au contraire, ils partagent plus qu’ils ne consomment… Alors quand ils disparaissent, les vrais nobles, ils manquent à tout le monde et quand ils reviennent, on sent un soulagement général.

Les faux nobles, eux, c’est des scélérats déguisés en chevaliers, ils ont aucune valeur. Ils pensent qu’à jouir, faire la fête, se niquer la santé, prendre des risques inutiles pour collectionner les montées d’adrénaline. Ils profitent de leur puissance pour rabaisser, humilier, détruire, avilir… Ils sont prêts à tout pour leur réputation mais ils méritent pas de porter les armes. C’est ce genre d’usurpateurs qui salissent l’image de la noblesse et qui profitent des mêmes privilèges que les premiers alors qu’ils font rien pour les autres.

Tout ce qu’ils ont, c’est une sorte de folie qui fait peur à tout le monde, tout le monde sait qu’ils sont capables du pire alors personne n’ose trop leur dire quoi que ce soit, à part les vrais nobles. Tout ce qu’ils inspirent c’est la terreur, un faux respect hypocrite et lâche. Si tout le monde ferme les yeux sur leurs actions, c’est pas pour les protéger, c’est juste pour pas être mêlés à leurs histoires louches ou pire, à subir des représailles… Ils pourrissent la vie des autres et c’est quand ils disparaissent qu’on sent un soulagement général, ils manquent à personne, les gens n’attendaient que ça…

En résumé, y a les nobles et les ignobles, les preux et les gueux, les aristocrates et les aristocrottes dans la France d’en bas… de chez toi.

Qui éduque qui ?

Et toi, comment t’élèves tes enfants ?

Tu joues avec eux ? Tu leur cries dessus ? Tu leur apprends à lire ? Tu les punis ? Tu fais des balades avec eux ? Tu les gâtes ? Tu les corriges quand ils vont trop loin ou quand tu perds patience ? Tu leur apprends à se nettoyer tout seuls aux toilettes ? 

Est-ce que toi aussi t’es tiraillé entre deux notions du respect, entre la préservation du bien-être de tes gosses et celle de ta propre stabilité ? Est-ce que toi aussi tu oscilles entre l’éducation bienveillante non-violente et son risque d’ingratitude et d’abus de liberté de la part des enfants et l’éducation à la baguette avec un risque de rabaissement et d’abus de pouvoir de la part des parents ?

Est-ce que toi aussi tu considères que tes enfants ne sont pas tout à fait tes égaux même si vous êtes tout à fait égaux en tant qu’humains ?

Est-ce que toi aussi quand on te parle d’un enfant sage, une partie de toi comprend un enfant calme et obéissant et une autre partie, un enfant réfléchi et autonome ?

Tu sais bien que la bonne éducation, l’éducation idéale ne consiste ni à leur marcher dessus ni à te faire marcher dessus, qu’elle se trouve à égale distance des ordres injustes et des permissions abusives.

T’aimerais que tes enfants soient exceptionnels hein, pas comme les autres marmots qui crient dans la rue et manquent de respect ouvertement à leurs parents… pourtant quand il te font des crises au point que t’as vraiiiiiment du mal à te contrôler, ça te soulage d’entendre que les autres parents ont les mêmes à la maison hein…

T’es inquiet pour eux, et un jour on t’a dit que les bons parents c’est les parents inquiets, parce qu’ils se remettent en question… pourtant de l’inquiétude au stress qui se refile aux petits avec un supplément grosse pression qui les suivra toute leur vie, il n’y a qu’un pas…

Tu veux leur offrir le meilleur mais tu veux aussi qu’ils apprennent à aller le chercher eux-mêmes et à mériter ce qu’ils trouveront en chemin…

Tu veux les combler sans que ça devienne des enfants-rois gâtés, tu veux leur fixer des limites sans pour autant qu’ils s’autocensurent plus tard…

Tu veux créer un fort lien de proximité avec eux sans pour autant qu’ils te parlent comme à leurs potes…

Tu veux, tu veux, tu veux et tu détestes quand ils te disent « je veux »…

Ils t’éduquent autant que tu les éduques en vrai mais tu tiens à rester le boss hein… 

Ah l’éducation… C’est un délire…

Chercheurs, nous cherchons

Chercheurs, nous cherchons.

Des signes, des traces, des indications.

De quoi étancher notre soif, notre soif impossible à étancher.

De quoi soulager notre douleur de ne pas pouvoir nous reposer, obsédés que nous sommes par notre quête, infinie, interminable quête…

Chercheurs, nous recherchons. Nous recherchons des gens, des livres, des idées, des prières, des histoires et des formules secrètes qui nous rapprocheront de l’horizon, l’horizon qui ne cesse de reculer à mesure que nous nous rapprochons.

Chercheurs, nous trouvons. Nous avançons, nous progressons dans notre voie, nous mûrissons, nous nourrissons nos rêves qui s’étaient évanouis à force de ne trouver plus aucun écho mais qui ressuscitent, maintenant que la luminosité revient.

Nous recherchons la connaissance, les connaissances, les connexions, les vibrations, l’élévation et la révélation autant que l’art et la révolution.

Chercheurs nous cherchons.

Nous souhaitons grimper les échelons, moins par convoitise que par cet irrésistible désir d’aller voir ce qui se passe derrière ces murs qu’on ne voit pas mais qui pourtant nous empêchent de voir… 

Nous cherchons à voir, à comprendre, à saisir ce qui se passe, à capter le sens plutôt qu’à prétendre en donner.

Nous ne nous retrouvons pas dans le monde des prétentieux, des dominants, des vainqueurs et des champions, des personnes devenues des personnalités qui ne tirent leur supposée gloire que de l’illusion puante d’être meilleure que leurs semblables, parce que plus connues.

Nous cherchons la reconnaissance, pas à être reconnus : nous cherchons à reconnaître, à remercier, à renaître, à nous reconnecter avec la réalité concrète dont les pensées nous avaient éloignés.

Nous cherchons la réalité au cœur de la réalité.

Et pourtant

Un vol est un vol. 
Et pourtant…
Voler quand on a faim n’est pas la même chose que voler le ventre plein. 
Et pourtant…
Ici-bas, les voleurs de pommes sont jugés bien plus durement que les voleurs de terres.
Et pourtant…
La Terre n’appartient à personne donc la notion même de vol de terres et de pommes paraît absurde. 
Et pourtant…
La colonisation, l’impérialisme et les guerres pour le contrôle des terres et des ressources, aussi absurdes qu’elles paraissent, sont bel et bien réelles et inacceptables.
Et pourtant… 
La plupart des pays se sont bâtis par la guerre, l’occupation et le vol de terres qui appartenaient à d’autres propriétaires auparavant. 
Et pourtant… 
Un vol reste un vol car ce qui est à toi est à toi.
Et pourtant…
Si tu as volé ce qui est à toi, ça ne t’appartient pas vraiment. 
Et pourtant… 
Si on te vole ce que tu as, même si tu l’avais volé avant (ou d’autres pour toi), tu trouves ça injuste, surtout si tu l’as transformé entre temps.
Et pourtant… 
La répartition des biens est tellement inéquitable que le respect de la propriété privée n’arrange que les riches. 
Et pourtant…
Les riches sont de passage comme les pauvres, leurs coffres-forts ne suivent pas leur corbillards. 
Et pourtant…
Même les places au cimetières sont payantes…
Et pourtant…
La mort n’est qu’une étape et le Jour du Jugement, les vrais voleurs sont punis. 
Et pourtant…
Dieu Seul décide de ceux qu’Il punit et de ceux qu’Il épargne.
Et pourtant…
Vu d’ici, le Jour du Jugement semble illusoire et la notion même de justice, absente. 
Et pourtant…

Pesant d’heures

Assoiffés d’eau sèche, nous cherchons toujours à gagner… du temps que nous ne cessons de gaspiller…

Gagner du temps à quoi bon ? À force de courir contre la montre, on oublie que les aiguilles ne font que tourner en rond…

Et pourtant, le temps passé à chercher un plaisir éphémère et illusoire devient vite celui des regrets, des reproches et des remises en question…

Et pourtant, le temps des efforts, des devoirs et des évidences fait oublier le temps… et ce qu’il engendre comme perdition. 

C’est au moment où nous croyons le maîtriser qu’il nous échappe pour mieux nous rappeler qu’il continuera à nous défier puis à défiler lorsque nous ne serons plus que de lointains souvenirs. 

Pour mieux nous rappeler qu’on ne pourra jamais rattraper une seconde qui passe, aucune n’est parfaitement identique aux autres parmi toutes celles qui sont passées, de même qu’aucun flocon de neige n’est parfaitement semblable à tous ceux qui sont tombés. 

Ainsi, si ce texte rappelle ce que des millions d’autres ont évoqué, chaque instant nous somme de rester actifs, concentrés, dirigés vers un seul et même but : que les secondes qui viennent de s’écouler à l’écriture de ce texte ou à sa lecture aient valu leur pesant d’heures, allégé leur pesanteur, modestement participé, ne serait-ce que de façon infime, intime, à notre élévation.

Le langage silencieux

Certains silences assassinent, d’autres ressuscitent.

Certains taisent, étouffent, déchirent, opposent, d’autres enseignent, désaltèrent, soignent et réconcilient.

Certains provoquent un sentiment de vide et traduisent un manque de mots, d’autres rendent toute parole encombrante, inutile, superflue.

Le silence aussi a son alphabet, sa grammaire et ses Livres qui méritent apprentissage, méditation et récitation.

Sa première lettre est peut-être