Fore

Creuse fort
Fore
A l’intérieur
Du fort
Du for intérieur
Explore
Sciemment
Consciemment
La mine d’or
Ornée de diamants
Creuse, fore jusqu’à l’aube
Jusqu’à l’eau
L’eau vive, vaste
Vivace
Vis, va,
Porté par le torrent
Emporté par le…

Chez moi

Pendant longtemps je ne me suis senti nulle part véritablement « chez moi ». Même sur mon île, dans mon 93 natal, il me manquait toujours une part de moi-même. C’est sans doute pour ça que j’ai autant voyagé.

Au passage, je ne remercierai jamais assez mes parents d’avoir élargi mon coeur en me faisant découvrir autant de lieux, de pays et de territoires différents. Les mauvaises langues diront : « c’est des blindés, ils pouvaient se le permettre » mais je ne gaspillerai ni mon temps ni mon encre à leur répondre.

Au début, je pensais avoir trouvé mon « chez moi » à Dakar (même si ça fera sourire les chantres des « racines » et des « identités nationales ») mais une expérience unique m’a fait comprendre que mon « chez moi » ne se trouvait ni à Dakar ni à l’Île-Saint-Denis ni dans aucun autre espace matériel.

J’ai trouvé mon « chez-moi » un soir au beau milieu d’une prière, en présence d’un homme si humble qu’un seul de ses regards m’a fait pleurer de honte. C’est peut-être le seul moment de ma vie où je me suis véritablement senti chez moi. À ma juste place.

Dans ce lieu où la reconnaissance, la gratitude et les louanges envers ce qui nous fait être là sont les seules réalités dignes d’être considérées.

Dans ce lieu si vaste qu’il n’y a pas de place pour l’ego étriqué qui s’imagine pouvoir fixer le soleil du regard sans perdre la vue.

Dans ce lieu unique, enfoui au fond de l’humilité, au détour d’une ruelle qui commence au carrefour de la lucidité et de la culpabilité et mène à l’innocence.

Chez moi, c’est le seul lieu où je n’existe tellement plus que je ne me suis jamais senti aussi vivant.

Apprends…

Apprends à rester attentif.

Apprends à déchiffrer le langage silencieux des circonstances, des imprévus, des coïncidences ;

mais lorsque tu accèdes au sens, ne te laisse pas berner par l’illusion que tu en détiens l’exclusive vérité.

Ton angle est restreint, ta vue est limitée.

Ne confonds pas ce que tu aperçois de ta fenêtre et l’ensemble du paysage.

Rédige ta page dans l’encyclopédie universelle en te rappelant que tu n’es qu’un grain de sel dans l’océan, un grain de sable sur la plage.

Apprends à décrypter le texte sans lettre, la musique sans note, la parole sans voix.

Laisse-toi guider par le GPS sans boîtier, apprends à défricher le chemin déjà frayé spécialement pour toi.

Apprends à distinguer ce que tu désires de ce qui s’offre à toi, ce que tu supposes de ce que tu contemples, ce que tu crois de ce que tu vois.

Apprends à te fondre dans ton quotidien comme ton sucre dans ton café.

Apprends à te laisser boire, à te laisser savourer.

Comment juger ?…

Parce que les lois sont parfois injustes et souvent injustement appliquées, comment juger ceux qui font le choix de l’illégalité ou pire, qui y sont contraints par d’autres lois injustement appliquées ?

Parce que vivre dans l’illégalité ne rétablit souvent pas la justice mais ajoute plutôt d’autres soucis aux injustices, comment juger ceux qui respectent les lois, aussi injustes ou injustement appliquées soient-elles ?

Parce que les lois sont écrites par des hommes et qu’elles changent au fil du temps, comment juger ceux qui s’engagent pour que ces lois changent ou pour qu’elles soient appliquées plus équitablement ?

Parce que les lois ne changent pas le comportement des gens censés les (faire) respecter, comment juger ceux qui se bornent à tenter d’améliorer leur quotidien et leur comportement, au quotidien ?

Comment juger ?…

Aller

Ne pas confondre « se laisser guider » et « se laisser aller ».

Faire confiance au guide, certes, mais faire aussi l’effort de suivre la route indiquée.

Même quand on n’a plus envie de marcher.

Même si un autre chemin semblait plus court ou mieux balisé.

Même si on a l’impression de se perdre, même si on n’aime pas le décor.

S’assurer qu’on suit bel et bien le guide et non pas une ombre qu’on prend pour la sienne, à tort…

Se méfier de ses propres pieds autant que des impasses déguisées en passages secrets.

Rester vigilant… sans se gâcher le voyage pour autant.

Ne regarder ni le chemin parcouru, ni celui qu’il reste à parcourir, mettre seulement un pied devant l’autre et avancer, avancer…

Instantané

Tiens, prends.
Dilue ces quelques gouttes d’éternité
Dans ton temps
Comme tu dissous ces quelques grains de sucre blanc
Dans ton thé
Ca fait longtemps !
Allez, viens
On va discuter
Bien ou bien ?
Qu’est-ce tu deviens ?
Tu te souviens ?
La dernière fois qu’on s’est capté ?
Profitons de cet instant
En suspens…
Dehors, les gens
Se font assassiner
Bêtement
Pour un pistolet factice
Un feu d’artifice
Ou un contrôle d’identité…